Une émouvante histoire qui mêle culpabilité et amitié sur fond de racisme institutionnel.


Goodbye Julia, réalisé par Mohamed Kordofani, est un film captivant.

Deux femmes que tout oppose…

Qu’il s’agisse de leur niveau social, de leur culture, de leur religion, ou de leur relation avec leur mari… tout les sépare et elles n’auraient d’ailleurs jamais dû se croiser Pourtant, contre toute attente, des liens complexes vont se tisser entre elles.

Et, sur fond d’émeutes et de racisme institutionnalisé, une relation basée sur un lourd secret va évoluer de façon imprévisible.

Des performances d’acteurs remarquables

Si le scénario de cette histoire « à tiroirs » fascine, un autre des points forts de Goodbye Julia ce sont les performances exceptionnelles des acteurs.

On est fasciné par le courage et la résilience de Julia (remarquablement interprétée par Siran Riak ) qui trouve en elle la force d’affronter et de surmonter cette épreuve horrible …

L’évolution de la détermination de Mona (Eiman Yousif, excellente aussi), souffrant elle aussi, en silence, détentrice de secrets qui la plongent dans des situations difficiles, la rendant profondément malheureuse .

Le jeu de chacune des deux comédiennes est extraordinairement juste et les nuances et les subtilités de chaque interprétation permettent de donner vie à des personnages complexes et multidimensionnels.

Si j’ai évoqué plus particulièrement les deux figures principales de ce – très beau – film, le fait est que chaque membre de la distribution apporte une profondeur émotionnelle à l’histoire.

Et puis, Goodbye Julia est également un film qui permet de découvrir de l’intérieur la diversité culturelle et religieuse du Soudan. En mettant en scène des personnages de différentes origines et croyances, le film offre un regard profond sur la complexité de la société soudanaise.

Il encourage également le public à remettre en question les stéréotypes et à mieux comprendre les origines de cette séparation historique entre le Nord et le Sud.

Une expérience cinématographique que j’ai vraiment appréciée.

Le film – que je vous invite vivement à aller découvrir – sort le 8 novembre prochain. Il combine une distribution exceptionnelle et un scénario palpitant.

INFOS PRATIQUES

GOODBYE JULIA

de Mohamed Kordofani

Avec
Eiman Yousif (Mona)
Siran Riak (Julia)
Nazar Gomaa (Akram)
Ger Duany (Majier)
Paulino Victor Bol (Santino)
Louis Daniel Ding (Daniel enfant)

Stephanos James Peter (Daniel adolescent)

Équipe technique


Réalisateur : Mohamed Kordofani assisté de Nadine Salib

Scénario : Mohamed Kordofani

Image : Pierre de Villiers

Montage : Heba Othman

Musique : Mazin Hamid

Son : Rana Eid

Mixage: Rawad Hobeika, Lama Sawaya Costumes: Simba Elmur

Décors : Issa Kandil
Produit par Amjad Abu Alala

Producteur ; Mohamed Alomda

Directeur de production ; Samo Hussain Assistant de production ; Rua Osman

ENTRETIEN AVEC MOHAMED KORDOFANI
Scénariste et réalisateur


Pourquoi avez-vous choisi de traiter de la séparation du Nord et du Sud ?
Le film traite de la séparation de manière plus globale. Il évoque également la séparation des maris, des enfants, des amis, des êtres chers. En ce qui concerne la sécession du Sud, je pense que c’est la preuve des problèmes partisans sous toutes leurs formes et de la crise d’identité culturelle et religieuse dont souffre le Soudan.
Le film est un appel à maintenir l’unité de ce qui reste du Soudan, qui est toujours enlisé dans le même dilemme, et qu’il faudrait traiter à plusieurs niveaux.

Le plus important est le niveau social et le désir de réconciliation en tant que citoyen et l’abandon de privilèges injustes au profit d’une meilleure patrie pour tous, ce qui nécessite d’ouvrir la plaie, afin de la nettoyer puis de la traiter. Il faut que les gens parlent. C’est le rôle de l’art en général, et du cinéma en particulier, car il est le plus à même de toucher la conscience des sociétés.
Je voudrais tant que cette réconciliation se produise avant qu’il ne soit trop tard et que l’histoire ne se répète. La réconciliation doit être un projet national pour préserver ce qui reste du Soudan et pour construire une nouvelle identité nationale, construite sur des valeurs d’humanité, de coexistence et de justice plutôt que de race, de tribu et de sexe.

N’est-ce pas dangereux d’aborder un sujet très sensible ?
Bien sûr, je suis terrifié. La peur est inévitable dans ce genre de situation. Mais ma foi en mon point de vue, ma conviction quant à l’importance et à l’urgence du sujet l’emportent sur mon anxiété. Cela, c’était avant le conflit qui a éclaté le lendemain de l’annonce de la sélection du film à Cannes.
Aujourd’hui, je m’inquiète pour ma famille, mes amis et mes collègues au Soudan.
Je crains que certaines personnes sortent ce film de son contexte et l’associent aux conflits entre l’armée et les Forces de soutien rapide. La guerre dans le Sud était due au racisme, à la marginalisation et au fanatisme identitaire. Ce qui se passe aujourd’hui, n’est qu’une lutte pour le pouvoir afin de préserver les intérêts des individus.
L’armée est toujours dirigée par le comité de sécurité qui protégeait le président déchu Omar Al-Bashir à l’époque des islamistes. Quant aux Forces de soutien rapide, il s’agit d’une milice qui s’enrichit grâce aux guerres menées par l’armée qu’ils combattent aujourd’hui. Aucun camp ne se soucie du peuple et de l’intérêt du pays. Ils ne se préoccupent que de leur richesse.

Quel était pour vous le plus grand défi à relever pour réaliser ce film ?
Le plus difficile était de trouver un équilibre entre cinéma d’auteur et cinéma populaire. Au Soudan, le public est habitué aux films de Bollywood et à ceux de Hollywood. Je voulais m’adresser à eux dans un langage cinématographique qu’ils connaissent et qu’ils aiment. Je ne voulais pas faire un film que seul le public des festivals et des jurys apprécieraient.
Je rêvais d’un film que tout le monde puisse voir, un film excitant, avec une intrigue forte, un rythme attirant, qu’il y ait un meurtre, et une bonne musique, mais pas au détriment de son ambition artistique. Je ne voulais surtout pas aborder des sujets aussi complexes que l’identité, le racisme et le conflit entre conservatisme et progressisme, de façon simpliste ou naïve. Je voulais mettre en scène des femmes qui, malgré l’oppression que la société leur impose, soient fortes et intéressantes.
D’un point de vue personnel,faire un film nécessitait que je m’y implique totalement. J’étais ingénieur en aéronautique chez Gulf Airlines pendant 16 ans, et je gagnais bien ma vie. En 2020, j’ai décidé de quitter l’aviation pour me concentrer sur ce film. Je suis retourné à Khartoum et j’ai créé Klozium Studios, une société dans laquelle j’ai investi ce que je possédais. J’ai ainsi pu produire, financer, et réaliser ce film, ce qui a rendu ma situation financière très critique ces deux dernières années. Je savais que quitter mon travail dans l’aviation était un risque, car j’ai deux filles à élever. C’était aussi la seule possibilité pour moi de me lancer dans cette aventure.
Le contexte politique a dû rendre la fabrication de ce film très difficile ?
Oui, car nous avons dû faire face à un coup d’État militaire, à des manifestations incessantes, à un manque d’infrastructures. Mais cette révolution est finalement le moment idéal pour montrer ce film, au public soudanais mais aussi au monde entier, car partout des sociétés souffrent de problèmes de coexistence, et d’absence de justice.

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