Comment réagir lorsqu’une adolescente devient, du jour au lendemain, la cible d’un déferlement de haine sur les réseaux sociaux ?
Que signifie être simple témoin d’un cyberharcèlement ? Le silence protège-t-il, ou rend-il complice ?
Avec Fisha, l’autrice Sarah Hassenforder et le metteur en scène Léonard Matton proposent une création immersive extrêmement percutante, portée par un collectif de jeunes interprètes hyper talentueux.
Une œuvre qui transforme le spectateur en acteur de son propre regard.
Le titre renvoie aux tristement célèbres comptes « fisha », verlan d’« affiche », créés sur les réseaux sociaux pour diffuser, sans leur consentement, des photos ou vidéos intimes de jeunes filles dans le seul but de les humilier.
À travers ce phénomène de cybersexisme, la pièce aborde des questions brûlantes : le revenge porn, le doxxing, le consentement, les discours masculinistes en ligne, mais aussi la responsabilité de celles et ceux qui regardent sans intervenir.
Au cœur du récit, Alia. La veille, elle s’est « fait fisha ». Son nom circule dans tout le lycée, sa vidéo est sur tous les téléphones, chacun y va de son commentaire. Certains la soutiennent, d’autres la jugent, beaucoup préfèrent détourner les yeux.
À partir de cette situation, Fisha dissèque les mécanismes du harcèlement collectif avec une remarquable justesse. Les personnages ne sont jamais réduits à des archétypes : chacun porte ses contradictions, ses peurs, ses préjugés ou ses prises de conscience.
L’un des points-clés de cette création – et qui d’ailleurs en fait sa force – réside dans son dispositif immersif. Fidèle à la démarche artistique de Léonard Matton, le spectacle se déploie simultanément dans plusieurs espaces. Les spectateurs circulent librement, choisissent quels personnages suivre et quels échanges écouter, au risque de manquer d’autres scènes qui se jouent au même instant. Une même histoire se construit alors à travers une multitude de points de vue.
Ce procédé n’est pas un simple effet de mise en scène. Il reproduit avec une troublante pertinence la circulation fragmentée de l’information sur les réseaux sociaux.
Comme les élèves du lycée, le public ne dispose jamais de tous les éléments. Il entend des rumeurs, assiste à certaines conversations, en manque d’autres, construit son opinion à partir d’une vérité incomplète. L’immersion devient alors un puissant outil dramaturgique qui place chacun face à sa propre responsabilité.
L’autrice Sarah Hassenforder nourrit cette fiction d’une expérience profondément ancrée dans le réel. Dans sa note d’intention, elle évoque une amie victime de diffusion non consentie d’images intimes durant son adolescence. Un traumatisme dont les conséquences perdurent des années plus tard. Cette histoire personnelle irrigue l’écriture sans jamais tomber dans le didactisme. Le texte donne avant tout la parole à une jeunesse confrontée à des violences qui demeurent encore trop souvent banalisées.
La mise en espaces de Léonard Matton accentue cette sensation d’urgence permanente. Les personnages entrent et sortent des différents lieux, les discussions se croisent, les tensions montent à mesure que de nouveaux contenus apparaissent sur les téléphones. Les déplacements du public font écho à la vitesse de propagation des réseaux sociaux et à la viralité des images. En quelques minutes, chacun éprouve physiquement ce que signifie voir une réputation basculer.
Au-delà du portrait d’une victime, Fisha interroge toutes les positions : celle de l’agresseur, du camarade qui hésite, de l’amie qui défend, de celui qui relaie sans réfléchir ou qui préfère se taire. La pièce montre avec finesse comment les discours masculinistes peuvent influencer certains adolescents, tout en laissant entrevoir la possibilité d’une prise de conscience collective et d’une solidarité retrouvée.
L’interprétation contribue largement à la force du spectacle.
Les six comédiennes et comédiens portent cette création avec une remarquable justesse, au point de faire oublier qu’ils ont, pour la plupart, une dizaine d’années de plus que les lycéens qu’ils incarnent.

Leur énergie, leur gestuelle, leur façon de parler et d’occuper l’espace restituent avec une grande crédibilité les codes, les fragilités et les élans de l’adolescence. Sans jamais tomber dans la caricature, chacun compose un personnage nuancé, profondément humain, dont les convictions, les doutes et les contradictions résonnent avec une grande authenticité. Cette justesse est d’autant plus impressionnante que ces jeunes artistes affichent déjà des parcours professionnels particulièrement riches, qu’ils mettent ici au service d’un jeu collectif d’une remarquable cohésion. Dans un dispositif immersif où les spectateurs se trouvent à quelques centimètres des interprètes, aucune approximation n’est permise : leur engagement et leur précision donnent toute sa puissance émotionnelle à cette création.
Une expérience théâtrale forte, inventive et profondément contemporaine, qui démontre une nouvelle fois combien le théâtre immersif peut renouveler notre manière de regarder le monde.
Pensée pour être jouée directement dans les établissements scolaires, Fisha s’accompagne d’ateliers de médiation et d’un partenariat avec l’association #StopFisha, prolongeant ainsi la réflexion bien au-delà de la représentation. Loin de délivrer une leçon de morale, cette création invite les jeunes comme les adultes à s’interroger sur leurs propres comportements face au cyberharcèlement.
En faisant de chaque spectateur un témoin actif, Fisha rappelle une évidence souvent oubliée : sur les réseaux sociaux comme dans la vie, ne rien faire est déjà une manière de prendre position.
Une pièce à voir absolument !
Un immense merci à l’attachée de presse Dominique Lhotte qui nous a invités à découvrir cette création particulièrement réussie.
INFOS PRATIQUES
fisha
Production – EMERSIØN
Prix d’écriture de la Fondation Polycarpe du festival Les Contemporaines
Création le 3 avril 2026
Diffusion – ARTISTIC SCENIC
Texte
Sarah Hassenforder
Mise en espaces immersifs
Léonard Matton
avec Maxime Bourgault ou Raphaël Valadon .
Jasmine Bouziani ou Clémence Tenou .
Raphaël Deshogues ou Oscar Bonnet .
Bastien Guiraudou ou Tiémo Richard .
Farah Naamoune ou Nima .
Jeanne Ros ou Léa Squarcio
à partir de 15 ans (classe de 2nde) accessible dès le collège | médiation préalable avec la classe obligatoire
ateliers possibles, en amont et/ou en aval du spectacle
pratique théâtrale avec des membres de l’équipe artistique
médiation avec l’association franco-belge #StopFisha
le spectacle est référencé sur la plateforme ADAGE et est éligible au Pass Culture