L’affrontement inédit entre Emile Zola et Léon Daudet (fils de…) sur la scène du théâtre de la Contrescarpe.

Il est surprenant d’entendre évoquer ce grand écrivain comme étant « infréquentable » …et pourtant ! Dans cette France antisémite du XIXème siècle, la voix de Léon Daudet – pamphlétaire nationaliste, pigiste pour divers journaux de l’époque – retentit comme un véritable soufflet.

« Zola l’infréquentable » raconte la confrontation véridique et peu connue entre les deux hommes. Une confrontation qui laissa Zola complètement anéanti . C’est cette confrontation qui sera à l’origine du célèbre « J’accuse ».

Zola l’infréquentable
Bruno Paviot (Léon Daudet) et Pierre Azema (Émile Zola)
Crédits photos Fabienne Rappeneau

Didier Caron, fidèle à son habituel talent, signe une parfaite mise en scène.

« J’ai souhaité esquisser un portrait plus ambivalent d’Émile Zola à travers cette relation
véridique et conflictuelle avec Léon Daudet.

L’autre motivation pour écrire Zola l’infréquentable était, hélas, l’extraordinaire similitude avec ce que notre époque traverse toujours maintenant, cet antisémitisme virulent qui n’a jamais disparu et qui était toléré, admis au grand jour en cette fin de XIXème siècle et auquel Zola s’est courageusement opposé.
Parler d’hier, c’était aussi parler d’aujourd’hui.
 » Didier Caron Auteur et metteur en scène.

Les propos ignominieux de Léon Daudet, aussi antisémite que son père, révoltent Zola. Il ne peut accepter qu’en France on puisse accuser un homme sans aucune autre forme de procès que celui de sa religion. Et comme il le dira à la fin de sa célèbre lettre au Président de la République Félix Faure : « Ma protestation n’est que le cri de mon âme ».

La pièce est portée par deux excellents comédiens : Pierre Azema (Émile Zola) et Bruno Paviot (Léon Daudet)

Zola l’infréquentable – Pierre Azema (Émile Zola) et Bruno Paviot (Léon Daudet)
Crédits photos Fabienne Rappeneau

Ils parviennent à tenir le public en haleine pendant la durée de cette joute verbale qui dévoile les sentiments profonds des deux hommes.

On se prend au jeu et on retient presque son souffle pour les écouter. Chacun défendant avec brio son point de vue. Et même si on a quand même forcément tendance à choisir un camp, on apprécie l’échange comme on le ferait en regardant deux experts jouer une partie d’échecs ou un match de tennis. Car Léon Daudet défend l’indéfendable et multiplie les arguments avec une telle conviction qu’il laisse parfois son interlocuteur ébahi – et nous avec – devant un tel cynisme …

L’échange n’en est que plus fascinant !

Et cette semi pénombre dans laquelle évoluent les deux comédiens devant un mur de livres m’est apparue comme parfaitement adéquate, symbolisant ce faux libéralisme où se dissimule un antisémitisme tapi dans l’ombre mais qui ne demande qu’à se faire entendre.

Mon avis : Une pièce incontournable !

INFOS PRATIQUES

ZOLA L’INFRÉQUENTABLE

Auteur et metteur en scène: Didier Caron

Avec Pierre AZEMA et Bruno PAVIOT
Scénographe : Capucine Grou-Radenez
Créateur lumières : Denis Schlepp
Costumière : Mélisande de Serres

A partir du 05 octobre 2022
Théâtre de la Contrescarpe
5, rue Blainville 75005 Paris
Du mercredi au dimanche

Mercredi, jeudi, vendredi à 21h00, samedi à 20h30, dimanche à 16h30
Relâches le 07 octobre et les 24, 25 décembre

Réservations

En savoir plus sur ZENITUDE PROFONDE LE MAG

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Continue reading