De l’Arc de Triomphe à Deyrolle, Jérémy Pradier-Jeauneau et Charlotte Mollet nous invitent à entrer dans leur univers intime.
Deux expositions très différentes, mais une même envie : créer avec le cœur, le corps et les tripes.
Au fil des nombreuses expositions que j’ai eu le plaisir de découvrir, certaines œuvres m’ont interpellée par leur beauté, par leurs couleurs, par leur originalité…
D’autres m’ont donné le sentiment de pénétrer un peu dans l’intimité de celui ou celle qui les a créées…
C’est exactement ce que j’ai ressenti face à deux expositions découvertes ces derniers jours : La Tempête de Jérémy Pradier-Jeauneau à l’Arc de triomphe et Anatomies Oniriques de Charlotte Mollet chez Deyrolle.
Deux univers radicalement différents. Deux écritures artistiques, mais une même sincérité : celle d’artistes qui semblent avoir déposé une part d’eux-mêmes dans leurs œuvres.
Jérémy Pradier-Jeauneau : faire entrer l’intime dans un monument
Jusqu’au 4 octobre, Jérémy Pradier-Jeauneau investit l’ensemble de l’Arc de Triomphe avec La Tempête.
Le projet est spectaculaire, mais ce qui m’a particulièrement touchée se trouve peut-être ailleurs : derrière les sculptures, les peintures, les matières, les sons et la scénographie se cache une histoire beaucoup plus personnelle.
Pour créer cette installation, l’artiste est notamment parti d’un souvenir d’enfance : l’image de sa grand-mère assise sur une chaise en plastique sous un parasol.
Une image toute simple, presque banale, qui vient se confronter à l’immense histoire de ce monument chargé de mémoire nationale.
C’est là que La Tempête devient particulièrement intéressante. Jérémy Pradier-Jeauneau ne cherche pas simplement à investir l’Arc de Triomphe. Il y fait entrer ses souvenirs, ses interrogations, ses rêves, sa sensibilité…
Lors de ma rencontre avec lui, j’ai d’ailleurs été sensible à son approche très humaine de son travail. Derrière l’ampleur du projet, on perçoit quelque chose de profondément personnel.
Comme si, pour un temps, l’artiste avait accepté de se dévoiler à travers son œuvre.
Charlotte Mollet : quand le corps devient paysage
Chez Charlotte Mollet, l’intime prend une autre forme.
Avec Anatomies Oniriques, présentée chez Deyrolle du 23 septembre au 28 octobre, l’artiste part du corps humain pour l’emmener vers le végétal et l’animal.
Un cœur, une aorte, une colonne vertébrale, un bassin, un utérus… deviennent progressivement fougère, architecture végétale, récif corallien ou floraison.
Lauréate du Prix Deyrolle au dernier Salon des Beaux-Arts, Charlotte Mollet dessine à la main, principalement au crayon blanc et au pastel à l’huile sur papier noir.
Et la technique participe pleinement à l’émotion.
Elle travaille en négatif : ici, ce n’est pas l’ombre qui fait surgir l’image, mais la lumière. Les organes apparaissent peu à peu dans l’obscurité, comme des paysages mystérieux.
Son travail est précis, presque scientifique, mais profondément poétique.
Et surtout, il raconte une conviction : l’être humain n’est pas séparé de la nature. Il en fait partie.
Le corps devient alors un territoire de passage entre les espèces.
Une manière très personnelle de regarder l’anatomie, mais aussi de parler de notre place dans le vivant.
Deux artistes, deux façons de se dévoiler
Ce qui rapproche finalement ces deux expositions, c’est cette impression de mise à nu artistique.
Jérémy Pradier-Jeauneau nous ouvre une porte sur ses souvenirs et son imaginaire pour transformer un monument historique.
Charlotte Mollet nous invite, elle, à regarder au plus profond du corps pour mieux comprendre notre lien avec le monde vivant.
Chez l’un comme chez l’autre, l’œuvre semble dépasser la simple recherche esthétique.
Ils y mettent quelque chose d’eux-mêmes.
Des souvenirs, des émotions, des obsessions, des questions, une vision du monde.
Et peut-être est-ce justement cela qui rend ces deux expositions si touchantes : derrière les œuvres, on finit par entrevoir l’artiste lui-même.
À découvrir absolument
INFOS PRATIQUES
La Tempête
Jérémy Pradier-Jeauneau
Arc de triomphe, Paris
Jusqu’au 4 octobre 2026
Anatomies Oniriques Charlotte Mollet
Deyrolle, 46 rue du Bac, Paris 7e
Du 23 septembre au 28 octobre 2026
Entrée libre, du lundi au samedi, 10h-19h