Vendredi soir, j’ai découvert un « ovni théâtral ».
Une expérience totalement inédite!
LES HISTOIRES À DOUBLE TRANCHANT, un spectacle hybride, intelligent, immersif, qui bouscule les codes et embarque le spectateur dans une expérience aussi ludique que surprenante.
Une rencontre artistique rare
Derrière cette proposition singulière, il y a avant tout une rencontre entre des univers forts, complémentaires, profondément incarnés.
Jean-Christophe Siriac, l’inventeur d’un nouveau langage narratif

Jean-Christophe Siriac est un auteur qui ne se contente pas de raconter des histoires : il invente des formes.
Son parcours est riche et éclectique : auteur de plusieurs courts-métrages, d’un documentaire engagé (Et vogue la galère), il a également écrit pour le théâtre (On ne badine pas avec la mort, Nos années Vodka) et pour la scène avec le seul-en-scène Mata la mytho.
Il a aussi co-signé des documentaires remarqués comme Rwanda : du Chaos au Miracle ou Habille-nous Africa, tout en s’adressant à un jeune public avec la série YouYou.
Mais avec les Histoires À Double Tranchant, il franchit un cap.
Quarante-cinq récits à ce jour, un premier tome publié en octobre 2024, et surtout une idée brillante : proposer des histoires à deux fins possibles.
Un concept simple en apparence. Redoutable en pratique.
Magali Gaudou, une présence magnétique

Face à cette écriture exigeante, pour conter ces histoires incroyables, il fallait une interprète digne de ce nom.
Magali Gaudou endosse ce rôle avec talent.
Comédienne, metteuse en scène et performeuse, elle construit depuis toujours unparcours artistique hors normes, entre théâtre, cinéma et performance.
Elle signe des créations ambitieuses comme Le Styx, rivière des enfers ou Vatel, dans les coulisses de la fête au Château de Vaux-le-Vicomte, travaille avec le réalisateur Antony Hickling et réalise son propre court-métrage Yellow en 2020.
Artiste profondément humaine, elle co-dirige aussi des projets avec des personnes souffrant de troubles psychiques, preuve d’un engagement total.
Sur scène, elle devient conteuse. Et elle excelle!
Jerome Farrugia, l’architecte sonore
Impossible de parler de ce spectacle sans évoquer Jérôme Farrugia.
Musicien aux multiples influences, du classique au rock, du jazz à l’électro, il compose ici une bande-son entièrement sur mesure, jouée en live.
Et franchement, c’est un élément clé du spectacle.
Sa musique ne se contente pas d’accompagner : elle raconte aussi. Elle amplifie. Elle guide nos émotions, souvent de manière presque inconsciente.
On est littéralement porté.
Un concept aussi simple que génial
« Les Histoires à double tranchant », ce sont en effet des histoires. Mais pas n’importe lesquelles.
Chaque récit dure environ 15 minutes.
Chaque histoire nous emmène dans un univers différent.
Et surtout… chaque histoire possède deux fins.
Une heureuse. Une tragique.
Et vous savez quoi ?
C’est le public qui décide de celle qu’il veut voir.
À un moment clé, une question est posée.
Une question simple en apparence, mais profondément engageante :
«Et vous, à la place du personnage, que feriez-vous?»
Et là…
Selon votre réponse, vous changez de salle… ou vous restez.
Et vous découvrez l’une des deux fins.
Franchement, ce moment est incroyable.
Il y a un petit frisson. Une hésitation. Un doute.
Parce que vous vous êtes attaché au personnage.
Et que, soudain, son destin dépend de vous.
Une expérience collective fascinante
Ce qui est génial, c’est ce qui se passe ensuite (autour d’un verre ou d’un plat végétarien car le Onzième lieu propose également des boissons et des plats délicieux).
Les spectateurs se retrouvent.
Ils comparent.
Ils racontent.
“Alors, qu’est-ce qui s’est passé chez vous ?”
Des inconnus discutent, débattent, confrontent leurs choix.
Autrement dit, le spectacle continue… en dehors de la scène.
Et ça, c’est rare.
Trois histoires, trois voyages… et un vertige final
Vendredi soir, nous avons voyagé à travers trois univers totalement différents :
- Le Magique Regard de Théodora, à Constantinople, en 503 avant J.-C.
- L’âme du Colonel Warren, dans le Londres contemporain
- Sont-ils intelligents ?, à bord d’un vaisseau extraterrestre en 2056
Trois époques. Trois ambiances. Trois façons de questionner l’humain.
Et à chaque fois, la même mécanique : une montée en tension, un choix… et une bascule.
Mais le moment le plus surprenant reste sans doute l’histoire surprise.
Une histoire où, cette fois, les spectateurs deviennent eux-mêmes les protagonistes.
Et là, pour être honnête… c’est assez troublant.
Parce que ce qui semblait irréel devient soudain très concret.
Une écriture brillante, entre humour et profondeur
Ce qui relie toutes ces histoires, c’est le style de Jean-Christophe Siriac.
Une écriture à la fois spirituelle et malicieusement drôle.
Des récits qui questionnent sans jamais être lourds.
Des thèmes universels : le choix, la liberté, la morale, l’amour, la lâcheté…
Et toujours cette idée centrale qu’en fonction de nos choix, tout peut basculer dans un sens ou dans l’autre.
Un spectacle vivant… au sens propre.
Vous savez, on parle souvent de “spectacle vivant”.
Ici, l’expression prend tout son sens.
Parce que chaque représentation est différente.
Parce que les choix du public changent tout.
Parce que l’histoire finale dépend de vous.
En échangeant avec Jean Christophe, il m’a expliqué que les spectateurs revenaient en général régulièrement. Comme je les comprends !
D’autant qu’avec 45 histoires on a peu de risque de retomber sur la même. Et quand bien même, cela donnerait l’occasion d’expérimenter une autre fin.
Pourquoi il faut absolument y aller?
Parce que c’est un spectacle intelligent.
Parce que c’est ludique.
Parce que c’est profondément humain.
Mais surtout, parce que « À double tranchant » propose quelque chose de rare :
un théâtre interactif, immersif, où l’on ne se contente pas de regarder.
On choisit. On doute. On s’engage.
Et franchement… on en redemande.
Moi, en tout cas, je sais déjà que j’y retournerai.
Rien que pour découvrir « Je suis presque Jack l’éventreur » ou « Bach et l’extase Divine »…
Et, qui sait où me mèneront mes choix!
Je ne saurais terminer cet article sans évoquer la note d’auteur qui me semble indispensable pour bien appréhender le spectacle :
Les éléments fantastiques apportés aux histoires ne sont en rien gratuits, et ont toujours une dimension métaphorique. Par exemple, pour illustrer le parcours extraordinaire de l’impératrice Théodora, qui a gravi toute l’échelle sociale, il a été choisi de la doter d’un regard magique et impressionnant. Il s’agit là de mettre en exergue sa personnalité forte qui a assuré sa réussite. Dans la même idée, afin de décrire le côté «écorché-vif » du chanteur Kurt Cobain, je l’ai imaginé aux prises avec le diable lui-même, qui vient régulièrement lui rendre visite. Ainsi, l’écriture peut se permettre l’explora- tion de nombreux espaces possibles. De fait, chaque fait extraordinaire, chaque découverte ou chaque légende peut être la source d’inspiration pour une nouvelle Histoire À Double Tranchant.
Avec ce concept se dessinent les traits d’une nouvelle dramaturgie, où il est admis que l’oeuvre dramatique puisse avoir deux aboutissements. Le spectateur s’amuse à chercher quelle serait la bonne issue pour les protagonistes. Les questions À Double Tranchant contiennent intrinsèquement des interrogations plus vastes. Ainsi, les questionnements suivants peuvent apparaître : la démocratie a-t-elle des limites ? Ou encore doit-on mentir aux gens que l’on aime ?
Un immense merci à l’attachée de presse Audrey Le Roy-Coscas qui m’a permis de découvrir cette pépite.
INFOS PRATIQUES
HISTOIRES À DOUBLE TRANCHANT
À la découverte d’un univers…
Écrit par Jean-Christophe Siriac Musique de Jerome Farrugia
Conteurs : Jean-Christophe Siriac / Magali Gaudou
Représentations au Onzième lieu
91 Bis Rue jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
Tél.01 85 73 32 94