Ceux qui découvrent ce spectacle pour la première fois, arrivent dans la petite salle de la Comédie Saint Michel sans vraiment se douter qu’ils seront conquis … à ce point!
Moi je le savais déjà puisque je vous en avais déjà parlé ICI .
C’est un spectacle que l’on écoute et que l’on savoure, presque avec délectation,
Douze, le seul-en-scène de Jean-Pierre Brouillaud, une expérience aussi singulière qu’envoûtante.
Un spectacle entièrement écrit… en alexandrins.
Oui, vous avez bien lu.
Ici, chaque phrase prononcée compte douze syllabes.
Et le pire (enfin je devrais plutôt dire « le mieux ») c’est que Jean-Pierre Brouillaud parvient à éviter l’écueil du spectacle « poussiéreux », du spectacle « à l’ancienne » comme diraient les jeunes.
Et loin d’être un simple exercice de style, cette contrainte devient une véritable respiration artistique.
Un pari audacieux… brillamment relevé
Présenté à Paris – devant une salle comble – avant de repartir cet été pour la cité des Papes, Douze confirme un succès déjà éclatant lors de son passage au Festival en 2025 où les critiques étaient déjà fort élogieuses.
Le pitch:
Pendant 1h15, seul sur scène, Jean-Pierre Brouillaud tisse un récit à la fois intime, drôle et profondément humain.
Il y retrace son parcours, ses métamorphoses, ses fragilités, ses élans.
Tour à tour conducteur, bébé, être timide, il incarne avec une fluidité déconcertante une galerie de personnages qui composent à eux tous le portrait d’un homme.
Mais ce qui impressionne c’est la façon rythmée et extrêmement originale dont il s’approprie la langue.
L’alexandrin – que l’on croyait figé dans les livres d’école ou dans des pièces très classiques – retrouve ici une vitalité éclatante.
Quand le verbe devient musique
Dès les premiers vers, le ton est donné :
Si les alexandrins étaient au goût du jour,
Que la prose venait au centre de nos discours…
Jean Pierre Brouillaud joue avec les mots comme un musicien avec ses notes.
Il y a du souffle, du rythme, une musicalité… Et surtout, cette capacité étonnante à rendre cette forme accessible, vivante, profondément actuelle.
Car derrière l’élégance du vers se cache une parole sensible, parfois critique, toujours juste.
Jean-Pierre Brouillaud ne se contente pas de manier la langue : il l’habite, il la partage, il la transmet.
Un moment suspendu, entre rire et émotion
La mise en scène, volontairement épurée, laisse toute la place au texte et à l’interprétation.
Quelques éléments, un bureau, une guitare, des livres, un décor chaleureux , suffisent à créer un univers intime dans lequel le spectateur est invité à entrer.
Et une fois à l’intérieur, on s’y sent bien!
On rit, souvent. On est touché, aussi. Parce que derrière la virtuosité, il y a une sincérité désarmante. Une douceur, parfois poignante, qui vient se glisser entre les vers.
Comme l’on si bien dit les chroniqueurs de théâtre, Douze est : « un spectacle rare et lumineux », « une déclaration d’amour à la langue », « une pépite ». Des mots forts, mais ici pleinement justifiés.
Se laisser porter… tout simplement
Douze ne se regarde pas comme un spectacle classique.
Il invite à lâcher prise, à ne pas chercher à tout comprendre, mais à se laisser traverser par la beauté du langage.
Et si, comme le suggère malicieusement l’extrait :
Si de notre bouche, à compter de demain,
Plus rien ne sortait que des alexandrins…
Peut-être que le monde irait un peu moins vite. Mais sans doute gagnerait-il en douceur.
Que vous soyez amoureux des mots… ou simplement curieux de vivre une expérience théâtrale hors du commun, un conseil, courrez-y !
Infos Pratiques
DOUZE
Seul-en-scène, monologue humoristique
De et avec :
Jean-Pierre Brouillaud
Comédie Saint-Michel
du 1er avril au 24 juin
les mercredis à 19h45
Durée : 1h15