Le Festival Off d’Avignon est, chaque année, un formidable terrain de découvertes.
Derrière les centaines d’affiches qui envahissent les rues de la Cité des Papes se cachent de véritables pépites, capables de faire rire, réfléchir ou bouleverser. Cette édition 2026 ne fait pas exception.
Parmi les nombreux spectacles que j’ai eu la chance de voir, en voici quatre qui se distinguent particulièrement, chacun dans un registre différent.
« 93 » : une tragédie dystopique d’une puissance rare

Et si Quatrevingt-treize de Victor Hugo se déroulait en 2093 ? C’est le pari audacieux de 93, une création qui transpose les grands idéaux révolutionnaires dans un futur où la technologie et l’idéologie ont remplacé les guillotines, sans pour autant faire disparaître les mécanismes de la Terreur.
Au cœur de cette dystopie, les figures de Gauvain, Lanzenac, Cimourdain… nourrissent une réflexion poignante sur le pouvoir, le fanatisme et les compromis que l’on accepte au nom d’un idéal. La pièce interroge avec intelligence notre époque et rappelle que les révolutions, aussi nobles soient-elles à leur naissance, peuvent engendrer les pires dérives.
Cette création est tout simplement extraordinaire.
La scénographie impressionne par son inventivité, la mise en scène est d’une remarquable maîtrise et les comédiens livrent une interprétation d’une intensité rare. Chaque élément est au service du propos, créant une véritable immersion dans cet univers futuriste aussi fascinant qu’inquiétant.
Un immense coup de cœur qui démontre combien le théâtre peut être à la fois spectaculaire et profondément politique.
« Mais n’te promène donc pas toute nue ! » : Feydeau version sixties, un pur bonheur!

Autre immense coup de cœur, mais dans un registre totalement différent : Mais n’te promène donc pas toute nue ! de Georges Feydeau.
Le célèbre vaudeville est ici transposé dans le Paris de 1961, en pleine canicule. Ce changement d’époque apporte une fraîcheur étonnante à cette comédie déjà irrésistible. Les années soixante deviennent le décor idéal pour raconter cette histoire où Clarisse, épouse libre et fantasque, fait perdre tous ses moyens à son mari, homme politique soucieux des apparences.
La mécanique du boulevard fonctionne à merveille : portes qui claquent, quiproquos, dialogues savoureux et rythme effréné s’enchaînent sans jamais laisser retomber l’énergie.
Mais ce qui fait véritablement la réussite du spectacle, c’est l’engagement de toute la troupe. Les comédiens sont remarquables, chacun trouvant le ton juste pour servir cette partition comique avec une précision redoutable.
On comprend aisément pourquoi la presse parle d’un Feydeau « électrique » et « délicieusement insolent ».
Le public rit du début à la fin, porté par une mise en scène inventive qui modernise l’œuvre sans jamais la trahir.
Une comédie jubilatoire qui rappelle que les grands classiques peuvent encore surprendre.
« Hubris » : quand l’Iliade éclaire notre présent

Avec Hubris, le théâtre retrouve toute sa dimension universelle.
Inspirée de L’Iliade, cette création ne cherche pas à raconter une nouvelle fois la guerre de Troie. Elle s’en sert comme d’un miroir tendu à notre époque, où la soif de domination, les conflits de pouvoir et les ambitions démesurées semblent plus actuels que jamais.
La mise en scène joue habilement sur les contrastes entre esthétique contemporaine et puissance du mythe antique. L’écriture, incisive et profondément actuelle, interroge notre rapport au pouvoir et dévoile la fragilité de ceux qui se prennent pour des dieux.
Sans jamais être démonstrative, la pièce invite le spectateur à établir lui-même les parallèles avec notre monde. C’est précisément cette intelligence qui fait sa force : le mythe devient un outil pour mieux comprendre notre présent.
Une proposition ambitieuse, exigeante et passionnante qui prouve, une fois encore, que les tragédies antiques n’ont jamais cessé de nous parler.
« Un jour où l’autre » : une parenthèse musicale pleine de tendresse

Dernier coup de cœur de cette sélection : Un jour où l’autre, un spectacle musical tout en délicatesse.
Dans une mystérieuse salle d’attente de l’amour se rencontrent quatre femmes de générations différentes. Au fil des confidences, des souvenirs et des chansons, elles racontent leurs blessures, leurs espoirs et leurs façons d’aimer.
Porté par un répertoire de grandes chansons françaises interprétées avec sensibilité, le spectacle alterne les moments drôles et les instants d’émotion. Les comédiennes forment un quatuor très convaincant, chacune apportant sa personnalité et sa justesse à cette histoire profondément humaine.
Au-delà de l’amour romantique, la pièce célèbre surtout la sororité, l’acceptation de soi et la reconstruction. Elle rappelle avec beaucoup de douceur qu’avant d’aimer pleinement les autres, il est souvent nécessaire d’apprendre à s’aimer soi-même.
Une belle leçon de vie, pleine d’humanité, qui touche sans jamais tomber dans la facilité.
Le théâtre, plus vivant que jamais
Ces quatre spectacles illustrent parfaitement la richesse du Festival Off d’Avignon 2026.
De la dystopie politique au vaudeville revisité, de la tragédie antique réinventée au spectacle musical intimiste, ils témoignent de la vitalité de la création théâtrale contemporaine.
S’ils sont très différents dans leur forme, ils partagent une même exigence artistique et une capacité rare à susciter des émotions fortes.
Pour ma part, 93, Mais n’te promène donc pas toute nue ! et Un jour où l’autre figurent parmi mes plus grands coups de cœur de cette édition, tandis que Hubris s’impose comme une proposition particulièrement intelligente et stimulante.
C’est aussi cela, la magie du Festival Off : entrer dans une salle par curiosité… et en ressortir profondément marqué.
INFOS PRATIQUES
93
De Victor Hugo
Mise en scène
Sylvain Bastonero
Interprétation:
Orianne Dumeny, Samuel Hucault,Thaïs Laurent, Charlotte Orsini, Clément Pronost, Alexis Tran, Adaptation théâtrale Sylvain Bastonero
Vidéo Anvhi Defaux
Direction artistique
Julie Rouxel
Costumes Lylou Jacquet et Lucie Mélain
Lumières Ylän Thanos
Danse Orianne Dumeny
Création Son Alexis Tran
du 4 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet)
À 17h55 durée 1h15
Téléphone de réservation 04 65 81 17 85
Téléphone de réservation 2 : 06 16 82 04 03
HUBRIS
De Clara JAUVART-LACOSTE
Interprétation :
Adrien BENSMAINE en alternance avec Mathéo KRZYZYK-BRAND, Cécile GARNIER, Corentin GEROLD, Clara JAUVART-LACOSTE, Léa MICHELOT
Direction artistique
Ugo BUSSI
Collaboration artistique Renato RIBEIRO
Diffusion DRAMA QUEEN 0660283845
FACTORY (LA) – 2-ESPACE ROSEAU TEINTURIERS
du 3 au 25 Juillet 2026
À 14h55 durée 1h20
MAIS N’TE PROMÈNE DONC PAS TOUTE NUE
De Georges Feydeau
Adaptation et mise en scène CIE STOMATOPODA
Avec Luc Franquine, Florian Guérin, Marie-Sasha Kaminsky, Valentin Villequey
Production TRIUM PRODUCTIONS
du 4 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet)
À 16h30 durée 1h10
THÉÂTRE DU COLLÈGE DE LA SALLE
Téléphone de réservation 0651206120
UN JOUR OU L’AUTRE
Création collective
Chant GILIANE BEGUIN
Musique HÉLÈNE AVICE et SOPHIE MAKSIMOVIC
Danse STÉPHANIE ROCHE
du 3 au 25 juillet (relâche les 8, 15, 22 juillet)
À 17h00 durée 1h10
Réservation04 90 85 06 48