5 EXPOSITIONS ORIGINALES ENTRE POÉSIE, POLITIQUE ET IMAGINAIRE, À VOIR À PARIS

Des expositions qui sortent du côté purement visuel et/ou esthétique et partagent une même ambition : rendre visibles les mécanismes qui structurent notre monde.

Photographie, installation immersive, art in situ, enquête graphique ou livre d’artiste : ces cinq expositions interrogent notre époque à travers des formes puissantes et engagées.

Isabel De Obaldia

Et nous voici, déchirés

(Y aquí estamos hechos pedazos)

Prolongée jusqu’au 13 mars 2026  – Maison de l’Amérique Latine  – 217, bd saint-germain 75007 Paris – tel. 01 49 54 75 00

C’est sans doute l’exposition la plus saisissante de cette sélection.

Avec Et nous voici, déchirés (Y aquí estamos hechos pedazos), la sculpteure et peintre franco-panaméenne Isabel De Obaldia livre une installation immersive d’une intensité rare.

Isabel de Obaldia , Rivière, 2025
Rivière (détail de l’œuvre) , Isabel de Obaldia, 2025

Grandes peintures sur papier, corps de verre coloré, son, vidéo : l’ensemble compose un paysage fragmenté, vibrant, presque organique.

En Europe, le cauchemar de la migration se fixe sur la mer : la Méditerranée ou la Manche, où les exilés se noient.

À la jonction de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale, dans le Darién au sud-est du Panama, c’est la jungle qui fut, à partir de 2015 et particulièrement de 2021 à 2023, la route d’un transit dangereux pour les humains et funeste pour la nature.

Dans une région de marécages et de montagnes, un demi-million de personnes en provenance du Venezuela, d’Haïti, de l’Équateur ou de la Colombie, parfois de Chine ou du Cameroun, des hommes, des femmes et des enfants, ont risqué leur vie.

Au cours d’une marche exténuante, ils et elles ont souffert de la faim et de la soif, traversé des rivières périlleuses et subi des violences, en tâchant de franchir la première étape cruciale d’un voyage qui devait les mener vers les États-Unis.

À la biennale de Venise 2024, Des Étrangers partout (Foreigners everywhere), Isabel De Obaldia avait consacré à ce drame une installation plastique et picturale sobrement appelée Selva (Jungle). Des pastels couvraient les murs, des corps de verre oscillant devant eux : les spectres des déplacés. […]

Une année a passé et la situation au Darién a changé, comme elle s’est transformée dans le monde. Avec l’élection du président Trump, le flux des gens qui tentaient leur chance s’est tari. Isabel De Obaldia s’était rendue sur place à la fin de 2023, et elle y est retournée en avril 2025.

Les villages de fortune ou plus organisés où transitaient celles et ceux qui avaient triomphé de la jungle sont désormais déserts. Dans les cabanes en mauvais état et dans les rues fantômes, l’empreinte des faits s’est fixée. Elle est aussi visible dans la nature, dans les restes d’un campement et dans les débris innombrables, toiles de tente et autres détritus accrochés à des branches ou flottant dans une rivière naguère préservée.

L’artiste est donc revenue sur ses pas. Pour cette création à la Maison de l’Amérique latine, elle propose un ensemble associant une nouvelle fois pastels, sculptures, son, et une vidéo particulièrement édifiante.

L’exposition ne documente pas, elle fait ressentir.
Les corps de verre semblent blessés.

Les papiers monumentaux portent les traces d’une nature à la fois sublime et défigurée.

L’installation donne voix à ces hommes de verre pris dans un « transit du désespoir » et à la jungle elle-même, héroïne silencieuse et meurtrie

Formée entre le Panama, les États-Unis et la France, Isabel De Obaldia développe depuis quarante ans une œuvre attentive aux violences politiques et aux fractures écologiques. Ici, elle nous rappelle que l’Amérique a sa mer tragique – une mer végétale – comme l’Europe a la Méditerranée.

C’est sa première exposition monographique en France.

Ses immenses créations aux couleurs lumineuses vous attirent irrésistiblement et, une fois que vous vous êtes rapproché pour en voir les détails, des personnages fascinants captent votre regard vous laissant une empreinte définitive .

Une superbe exposition qui prend tout son sens.

Infos pratiques

Et nous voici, déchirés – Y aquí estamos hechos pedazos,

Isabel De Obaldia

Du lundi au vendredi, de 10h à 20h. Samedi de 14h à 18h.

Fermeture dimanches, jours fériés et les samedis 28 février et 7 mars.

Entrée libre

Visites comme trésors sur rendez-vous :  culturel@mal217.org

Un catalogue (français-espagnol, 56 pages , Format : 17 x 24 cm) avec des textes de Nadeije Laneyrie-Dagen (Curatrice de l’exposition) et Mónica E. Kupfer accompagne l’exposition. 


Kourtney Roy – All Inclusive

Du 20 février au 20 septembre 2026 – Cité de l’Économie – Paris 17eme

Avec All Inclusive, la photographe canadienne Kourtney Roy explore les paradoxes du tourisme mondialisé.

À travers trois séries — In Between Worlds, The Tourist et Sorry, No Vacancy — elle détourne les codes de la carte postale parfaite : piscines turquoise, motels pastel, plages désertes. Mais derrière les couleurs éclatantes et la lumière idéale, quelque chose cloche. Un détail trouble la scène. Une posture devient trop parfaite.

L’artiste met en scène ses propres autoportraits dans des décors à la frontière du réel et de la fiction. Avec humour et élégance, elle interroge :

  • l’impact écologique du tourisme de masse

  • les inégalités d’accès au voyage

  • la fabrication marketing du rêve d’évasion

Déjà exposée au Jeu de Paume ou aux Rencontres d’Arles, Kourtney Roy confirme ici son talent pour révéler les failles sous les images trop parfaites.


David Prowler – Rôdeur

Depuis le 12 février 2026 – Ancienne Panoramas Philatélie, Passage des Panoramas

Dans une vitrine que l’on ne peut pas pénétrer, mais visible tous les jours de 6h à minuit, l’artiste new-yorkais David Prowler propose une exposition qui n’en est pas vraiment une.

Cartes postales d’un Paris surréaliste, tickets de métro usagés sous cadre doré : ici, rien n’est à vendre. Et pourtant tout évoque la spéculation, la collection, la valeur marchande.

En plein cœur du Passage des Panoramas, entourée de boutiques philatéliques, la vitrine devient œuvre. Clin d’œil duchampien assumé, Rôdeur détourne l’espace commercial et ralentit le regard du passant. L’art surgit dans un lieu de transit.

Une proposition subtile et conceptuelle, à voir presque par hasard.


(In)dépendances

Médias, édition, musique : qui contrôle nos récits?

Cette exposition d’enquête explore la concentration croissante dans les secteurs des médias, de l’édition et de la musique.

À travers infographies et investigations, elle pose des questions essentielles :

  • Qui décide de ce que nous lisons, écoutons, regardons ?

  • Que devient l’indépendance lorsque production et diffusion sont concentrées entre quelques acteurs ?

  • Comment se fabrique notre imaginaire collectif ?

Mais loin du fatalisme, l’exposition met aussi en lumière les alternatives : médias indépendants, labels autonomes, collectifs engagés. L’indépendance n’y est pas présentée comme un idéal pur, mais comme un équilibre fragile, construit au quotidien.

Une exposition salutaire dans un contexte où les récits façonnent nos démocraties.


Livres d’artistes & photographies  

Jusqu’au 4 avril 2026

Galerie LODO – rue de verneuil – 75007 Paris

Cette exposition met en dialogue l’objet intime du livre d’artiste et la puissance visuelle des œuvres murales.

Cyanotypie, photogravure, Polaroid, collage, calligraphie : sept artistes — Lourdes Almeida, Martha Hellion, Patricia Lagarde, Frances Miller, Ximena Pérez-Grobet, Kati Riquelme et Lorena Velázquez — explorent mémoire, nature, temporalité et expérience personnelle.

Le visiteur circule entre lecture et contemplation, entre le geste éditorial et l’image exposée. Une proposition délicate et sensible, où la matérialité du papier devient territoire d’expérimentation.


À travers ces expositions, l’art confirme une fois de plus son rôle de vigie du monde contemporain.

En effet, du tourisme mondialisé aux flux migratoires du Darién, de la spéculation marchande aux récits médiatiques concentrés, une même ambition : rendre visibles les mécanismes qui structurent notre monde.

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