UN AIR DE FAMILLE (tout comme NUIT D’IVRESSE ou LE PÈRE NOËL EST UNE ORDURE) est une pièce qui appartient au patrimoine du théâtre français.
Ce sont des pièces dont les textes sont si parfaitement écrits qu’ils traversent les décennies sans rien perdre de leur mordant… ni de leur justesse!
Et pourtant, reprendre un tel monument était un sacré défi !
Il fallait parvenir à éviter l’écueil de la comparaison, de l’attente, du souvenir collectif…
Et lundi dernier, lors de la générale de presse au Théâtre des Variétés, nous avons pu constater que cette nouvelle mise en scène a, dès les premières minutes, dissipé toutes nos craintes.
Jean-Philippe Azéma ne propose ni une imitation nostalgique, ni une relecture artificiellement moderne.
« À ceux qui me demandaient si ce n’était pas trop périlleux de s’attaquer à une pièce aussi mythique qu’ « Un air de famille » , en supposant que la pression dans ces cas là doit être grande et le risque de décevoir plus grand encore, je répondais que j’étais au contraire très impatient de me frotter à ce texte si bien écrit, à ces personnages si bien dessinés.
Il y a en eux, tant de moi et tant de vous, tant de vécu dans leur histoire… Tant d’humanité dans leurs silences… Il y a la tyrannie des uns, le renoncement des autres, les arrangements de tous… Je connais chacun des personnages de cette intrigue. J’ai croisé dans ma vie des Betty, des Henri, des Philippe… J’ai déjà vu leur mère, côtoyé un jour ou l’autre une Yolande ou un Denis… »
Jean-Philippe Azéma
Cette pièce est une réappropriation sincère, vivante, d’une histoire que l’on croyait connaître déjà mais que l’on redécouvre avec encore plus de plaisir.
Une mécanique familiale toujours aussi redoutable
Le pitch: Comme chaque vendredi soir, les Ménard se retrouvent « Au Père Tranquille » avant leur traditionnel dîner familial. Mais ce soir-là, l’absence de la femme d’Henri, l’anniversaire de Yolande et les frustrations accumulées vont faire exploser les faux-semblants. Les rancœurs émergent, les blessures intimes remontent à la surface, les maladresses deviennent cruelles, et le rire … inévitable!
La force du texte réside toujours dans cette capacité rare à faire cohabiter le comique et le tragique dans une même respiration.
On rit énormément, souvent malgré soi, avant d’être interpellé quelques secondes plus tard par une phrase, un silence, un regard.
Cette oscillation permanente entre légèreté et violence émotionnelle fait toute la modernité de la pièce.
Une mise en scène remarquable
Jean-Philippe Azéma signe ici une mise en scène d’une grande finesse.
Son intention de réduire au maximum la distance entre la scène et le public se ressent immédiatement.
Le fameux « quatrième mur » semble effectivement devenir une vitre transparente à travers laquelle chacun reconnaît un frère, une belle-sœur, une mère, ou parfois soi-même.
La direction d’acteurs privilégie le naturel, sans jamais tomber dans la caricature.
Les dialogues fusent avec une fluidité remarquable, laissant toute la place à l’écriture acérée de Jean Pierre Bacri et Agnès Jaoui.
On rit beaucoup, mais surtout, on se reconnaît!
Jean Philippe Azéma réussit également quelque chose de précieux : rappeler combien cette pièce parle tout autant de conflits familiaux que d’amour empêché.
Derrière les piques, les humiliations et les maladresses, il y a des êtres incapables de dire simplement qu’ils s’aiment.
Une distribution admirablement équilibrée
La réussite du spectacle repose, comme c’est bien souvent le cas, sur des comédiens particulièrement talentueux.
Jean-Philippe Azéma compose un Henri d’une grande sensibilité, oscillant constamment entre résignation, ironie et détresse contenue. Il évite avec élégance toute tentation de reproduire des références passées pour imposer une interprétation personnelle, touchante et profondément humaine.
Véronique Boutonnet impressionne par la précision et l’intensité de son jeu. Face à eux, Alain Chapuis campe un Philippe entre égoïsme et fragilité, tandis que Letti Laubies (Yolande) nous offre des moments d’humour délicieux.
Isabelle Parsy (la mère) excelle dans cet art très difficile de faire rire sans jamais forcer l’effet, et Karim Wallet (le barman) apporte une modernité et une énergie (… dansante !) qui dynamisent l’ensemble avec beaucoup de naturel.
La distribution fonctionne comme un véritable collectif. Aucun personnage n’écrase l’autre ; chacun trouve sa place dans cette partition chorale où les frustrations individuelles composent une symphonie familiale aussi drôle que douloureuse.
Une scénographie au service du réel
Le décor conçu par Alain Villette mérite également d’être salué. Il recrée avec une grande crédibilité cet univers de café-restaurant populaire où se jouent les drames ordinaires. Tout semble familier, tangible, vécu. Là encore, la production choisit l’authenticité plutôt que l’effet démonstratif et c’est précisément ce qui fonctionne.
Un triomphe d’humanité
Cette nouvelle version d’« Un air de famille » rappelle pourquoi certaines œuvres deviennent intemporelles : parce qu’elles parlent de nous avec une vérité désarmante.
Le spectacle trouve le parfait équilibre entre fidélité à la version originale et incarnation contemporaine. On y retrouve l’esprit mordant du texte de Jean Pierre Bacri et Agnès Jaoui, mais aussi, derrière chaque échange, une tendresse nouvelle, presque pudique.
En sortant de la Générale de Presse, nous avons dû nous rendre à l’évidence : cette pièce n’a pas pris une ride.
Mieux encore, elle semble aujourd’hui plus actuelle que jamais.
Après un immense succès en 2025, « UN AIR DE FAMILLE» revient au Festival d’Avignon 2026 sur la scène du Theatre des Corps Saints.
Si vous avez la chance de vous rendre au Festival cet été , je ne saurais que trop vous conseiller d’y aller !
Un immense merci à l’attachée de presse Dominique Lhotte qui nous a invités à découvrir cette pièce .
INFOS PRATIQUES
UN AIR DE FAMILLE
D’Agnès JAOUI & Jean-Pierre BACRI
Mise en scène
Jean-Philippe AZEMA
Avec Jean-Philippe AZEMA , Véronique BOUTONNET, Alain CHAPUIS, Letti LAUBIES, Isabelle PARSY (en alternance avec Gwenola DE LUZE), Karim WALLET
Création Lumière Richard ARSELIN
Collaboration artistique Danielle CARTON
Graphisme William LET
Scénographie
Alain VILLETTE
Cie tête en l’air
FESTIVAL OFF 2026
du 4 au 25 juillet
16h50 (durée 1h20)
Tout public à partir de 10 ans
CORPS SAINTS (THÉÂTRE DES)
Salle : Salle 2
76 Place des Corps Saints
Réservations