Deux pièces coup de poing entre urgence d’aimer et absurdité du monde.
Deux pièces, deux univers, mais une même intensité… et aussi, une même nécessité !
À première vue, tout oppose ces deux spectacles…
D’un côté, une fresque de guerre habitée par l’urgence d’aimer. De l’autre, une introspection froide et vertigineuse sur l’absurde.
Et pourtant, un fil invisible les relie : celui de la nécessité de dire, de transmettre, de comprendre (ou d’accepter de ne pas comprendre).
D’Andrée Chedid à Albert Camus, ces spectacles interrogent, chacun à leur manière, notre rapport au monde, aux autres, et à nous-mêmes.
Le MESSAGE, ou l’urgence d’aimer dans un monde en ruines

Le Message, actuellement à l’affiche de la Manufacture des Abbesses, est une adaptation du roman d’Andrée Chedid, signée Réjane Kerdaffrec et Brigitte Biasse.
L’histoire est d’une simplicité tragique : Marie, reporter de guerre dans son propre pays ravagé, est fauchée par une balle alors qu’elle tente de rejoindre l’homme qu’elle aime. Clouée au sol, entre la vie et la mort, une seule obsession subsiste : faire parvenir un dernier message, dire qu’elle venait vers lui, qu’elle l’aime.
Dans un décor de ville détruite, volontairement intemporel, la pièce installe une tension continue. Chaque rencontre devient une possibilité, un espoir fragile dans un monde où la violence semble avoir tout emporté. La mise en scène joue sur les contrastes : lumière et obscurité, immobilité et mouvement.
Mais au-delà de la mise en scène, c’est la portée du texte qui frappe.
À travers cette course contre la montre, Le Message interroge la place de l’amour dans un monde en ruines, et plus largement notre capacité à rester humains face au chaos.
Sur un plan plus personnel, j’ai particulièrement apprécié le jeu des personnages dits « secondaires ». Parfois même plus que celui des rôles principaux.
Le couple de femmes, dont l’une est médecin, apporte une forme d’humanité concrète et de résistance silencieuse, presque plus tangible que le drame central.

De même, le jeune militaire chargé d’aller chercher une ambulance incarne une ambiguïté troublante, entre devoir, fragilité et sursaut d’humanité.
Ces figures, moins attendues, donnent à la pièce une profondeur supplémentaire et l’enrichissent véritablement.
Les comédiens parviennent ainsi à trouver un équilibre juste entre intensité émotionnelle et retenue, sans jamais sombrer dans le pathos.
INFOS PRATIQUES
LE MESSAGE
Du 12 Avril au 06 Mai – Mardi & Mercredi à 21H et le Dimanche à 20H
De Réjane Kerdaffrec & Brigitte Biasse
Adaptation théâtrale du roman d’Andrée Chedid (publié aux Editions Flammarion)
par Réjane Kerdaffrec & Brigitte Biasse
Mise en scène: Réjane Kerdaffrec
Assistante mise en scène: Joséphine Fajgelj
Interprètes: Sophie Chasselat (Marie) ; Clément Jacqmin (Stéphane) ; Victor Lambert (Gorgio) ; Brigitte Biasse (Anya) ; Réjane Kerdaffrec (Anton) et la voix de Fabrice Drouelle
LA MANUFACTURE DES ABBESSES
Métro Abbesses ou Pigalle
01 42 33 42 03
L’ÉTRANGER, Meursault face au silence du monde

Changement radical d’atmosphère au Théâtre Darius Milhaud, où se joue une adaptation de L’Étranger d’Albert Camus, mise en scène par Terry Misseraoui et interprétée par Nicolas Moulet.
Adapter L’Étranger au théâtre est un défi en soi : comment donner chair à une écriture aussi intérieure, aussi dépouillée ?
Le choix du seul en scène place le spectateur face à Meursault, personnage emblématique dont l’indifférence apparente face aux événements dérange autant qu’elle fascine.
Dans cette version, c’est surtout la mise en scène qui fait la différence.
Le parti pris est clair, lisible, et parvient à créer une véritable atmosphère autour du texte, en accompagnant efficacement la progression du récit et de la pensée.
Là où le jeu du comédien reste volontairement assez sobre, presque en retrait, la mise en scène, elle, propose un cadre qui permet au texte de respirer et de se déployer pleinement.
Peu à peu, une tension s’installe, non pas dans l’action, mais dans le décalage entre les attentes sociales et le regard de Meursault sur le monde.
C’est là que le spectacle trouve sa force : dans cette capacité à faire ressentir l’absurde sans surligner, en laissant au spectateur l’espace pour s’y confronter.
INFOS PRATIQUES
L’ÉTRANGER
D’après le roman d’Albert Camus
Adaptation
Moni Grego
Mise en scène
Terry Misseraoui
Interprète : Nicolas Moulet
Théâtre Darius Milhaud
du 3 avril au 19 juin 2026
Le Vendredi à 21h15
Dans un monde saturé d’images virtuelles, ces deux pièces rappellent que le théâtre reste un lieu unique où l’on prend le temps d’écouter, de ressentir, et parfois, de se confronter à ce qui dérange.