SCÈNE PARISIENNE: 5 SPECTACLES À NE PAS MANQUER

Du Petit Gymnase aux Folies Bergère, en passant par le Théâtre Montmartre-Galabru, le Onzième Lieu et la Manufacture des Abbesses, voici cinq spectacles aux univers très différents que je suis ravie d’avoir pu découvrir ce mois-ci .

La programmation théâtrale parisienne offre une diversité réjouissante.

Paris réserve toujours de belles surprises à celles et ceux qui, comme moi, aiment découvrir de nouveaux univers sur scène.

Ces dernières semaines, j’ai ainsi découvert cinq propositions très différentes : quatre véritables coups de cœur et une expérience plus mitigée, mais qui mérite que l’on s’y intéresse.

A Queen Is Born : Marlène Schaff fait naître Petra, et c’est jubilatoire !

A Queen Is Born, une sorte de concentré d’énergie avec, en back ground, un petit soupçon d’émotion.

Marlène Schaff m’a conquise avec ce one-woman musical show aussi drôle que touchant.

Bien connue du public pour son rôle de professeure d’expression scénique dans Star Academy, où elle a accompagné les élèves pendant quatre saisons, Marlène Schaff révèle ici une autre facette de sa personnalité.

Une présence scénique remarquable.

Chanteuse et performeuse franco-allemande, elle retrouve la scène avec un personnage haut en couleur : Petra, son alter ego, une véritable super-héroïne qui lui permet de raconter son histoire avec une liberté réjouissante.

Pour donner vie à Petra, Marlène Schaff sort le grand jeu : perruque, couronne, faux-cils interminables et costume de scène spectaculaire. Une transformation qui donne immédiatement le ton. Petra n’est pas là pour faire dans la demi-mesure. Elle ose, provoque, raconte, se moque, dévoile et n’a peur de rien.

À travers des anecdotes personnelles, des vannes bien senties et des chansons, elle nous entraîne dans les coulisses d’une personnalité attachante, entre autodérision, émotions et extravagance.

Le personnage devient tour à tour confidente, meilleure amie, double libérateur et même adversaire de Marlène. C’est précisément dans ce jeu entre les deux identités que réside une grande partie du charme du spectacle.

J’ai particulièrement aimé le rythme, l’humour et la générosité de Marlène Schaff, mais aussi le soin apporté à l’univers visuel. Tout est pensé pour nous embarquer dans cette parenthèse pleine de fantaisie, sans jamais perdre le lien avec l’émotion.

Après avoir rencontré un très beau succès à Avignon et à l’Alhambra, A Queen Is Born poursuit son parcours parisien. Un spectacle pétillant, drôle et profondément vivant, qui confirme le talent incontestable de Marlène Schaff.

Mon avis : un vrai coup de cœur. On rit, on est touché et l’on se laisse porter par cette personnalité généreuse qui prend toute sa dimension sur scène.

Une belle invitation à découvrir Marlène Schaff autrement.

À noter : le spectacle est annoncé au Théâtre du Gymnase à partir du 9 octobre 2026. Vérifiez les dates et les disponibilités auprès de la billetterie

INFOS PRATIQUES

Marlène Schaff dans A Queen Is Born
Théâtre du Gymnase Marie-Bell
6 au 19 novembre 2026

Réservations ICI


Cleveland aux Folies Bergère : une métamorphose glamour et une présence magnétique

Autre univers, autre personnalité, autre ambiance. Mardi dernier, aux Folies Bergère, j’ai découvert sur scène Cleveland (que je suivais déjà sur les réseaux sociaux).

Cette représentation parisienne avait une saveur particulière puisqu’elle s’inscrivait dans les dernières dates de son spectacle dans la capitale, avant son départ de Paris.

Cleveland ne se contente pas de monter sur scène : il y construit un personnage, ou plutôt deux identités qui se répondent et se confrontent tout au long de la représentation. D’un côté, Cleveland ; de l’autre, Tania, son alter ego féminin. Le spectacle joue précisément sur cette alternance, sur les changements de posture et sur la manière dont ces deux facettes se dévoilent au public.

Tania incarne le glam porté à son paroxysme : Guêpière noire ornée de dentelle, talons vertigineux, jambes interminables, peau couleur caramel et allure sensuelle : Tania attire le regard et séduit au premier coup d’œil. Mais au-delà de l’apparence, c’est surtout la présence scénique qui retient l’attention. Cleveland joue avec les codes de la féminité, les détourne et s’en amuse, en installant une relation complice avec la salle.

L’humour et le glamour se mêlent dans une performance qui assume pleinement son identité. Le passage d’un personnage à l’autre donne du relief au spectacle et permet de jouer sur les contrastes, les attitudes et les perceptions.

J’ai trouvé cette représentation magnifique.

Cleveland possède un univers singulier, une vraie personnalité et ce sens du spectacle qui fait que l’on ne regarde pas simplement une performance : on entre dans un monde, avec ses codes, ses surprises et sa liberté.

Pour celles et ceux qui le connaissent déjà grâce aux réseaux sociaux, le voir sur scène permet de découvrir une autre dimension de son travail. Quant aux spectateurs qui ne le connaissent pas encore, cette proposition constitue une belle occasion de se laisser surprendre.

Mon avis : une performance glamour, drôle et captivante, portée par une identité scénique forte. Une très belle découverte sur la scène des Folies Bergère.


Ninie les combats d’une génération

Une plongée captivante dans les combats et les espoirs des années 1970

Changement d’époque et de registre avec Ninie, les combats d’une génération, que j’ai découvert au Théâtre Montmartre-Galabru. Cette pièce, qui a rencontré un beau succès au Festival Off d’Avignon, m’a particulièrement touchée par son sujet, son interprétation et sa capacité à nous replonger dans une période charnière de l’histoire sociale française.

Nous sommes à Paris, en 1974. La France débat du droit à l’avortement, alors que la loi portée par Simone Veil est au cœur de l’actualité politique et sociétale. Les droits des femmes, la liberté de disposer de son corps, l’affirmation de soi et la possibilité de choisir sa vie traversent cette époque de profondes mutations.

C’est dans ce contexte que nous rencontrons John et Nicole, qui vivent une histoire d’amour apparemment sans nuages. Leur équilibre bascule lorsque Nicole fait la connaissance d’Annie, une militante du MLAC – le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception – qui assume ouvertement son homosexualité. Cette rencontre bouleverse les certitudes de Nicole et l’amène à regarder autrement sa vie, ses désirs et sa relation avec John.

Ce qui aurait pu n’être qu’un récit sentimental devient une histoire de liberté et d’émancipation, traversée par les tensions d’une société en pleine évolution. Les choix intimes des personnages se heurtent aux conventions sociales, aux préjugés et aux attentes d’une époque où s’affirmer peut encore demander beaucoup de courage.

La pièce prend soin de restituer l’atmosphère des années 1970. Les costumes, les décors et les musiques participent pleinement à l’immersion. On retrouve les couleurs, les sonorités et l’esprit de cette décennie, tandis que les comédiens donnent chair à des personnages confrontés à des décisions qui peuvent transformer toute une existence.

La distribution est l’une des grandes réussites de cette pièce. Les comédiens sont remarquables et portent le texte avec conviction. La mise en scène d’Ambre Doliège accompagne cette histoire sans en effacer les nuances, laissant s’exprimer les émotions, les contradictions et les espoirs de chacun.

J’ai particulièrement apprécié le travail de cette jeune compagnie, dont l’énergie collective donne à la pièce une vraie vitalité. Sur scène, les comédiens font revivre une époque sans la réduire à une simple reconstitution historique. Ils nous rappellent surtout que les combats d’hier continuent de résonner avec les questions d’aujourd’hui.

Entre comédie dramatique, histoire d’amour et récit d’émancipation, Ninie parvient à conjuguer le plaisir du théâtre et celui de la réflexion.

Une pièce qui nous plonge dans le passé tout en interrogeant notre rapport à la liberté, à l’identité et aux choix personnels.

Mon avis : une excellente surprise, portée par des comédiens formidables et une reconstitution particulièrement réussie des années 1970. J’ai beaucoup aimé cette pièce, qui allie émotion, engagement et plaisir du spectacle.

INFOS PRATIQUES

Ninie, les combats d’une génération

Avec

Elise Konczak, Eléonore Allard, Hanna Ramey-Loby, Malo Leclerc-Debruyne, Romain Debat, Baptiste Pinchon

Auteur(s) : 

Elise Konczak

Mise en scène : 

Ambre Doligez

À voir au Théâtre Montmartre-Galabru jusqu’au 21 décembre 2026, le lundi à 19 h 30, avec une relâche le 14 décembre.

Pensez à vérifier les dates auprès du théâtre.


Histoires à double tranchant

Quand le public décide du destin des personnages

Voilà un spectacle qui porte particulièrement bien son nom !

Avec Histoires à double tranchant, la compagnie Les Bêtonneuses propose une expérience immersive aussi originale que réjouissante, dans laquelle les spectateurs ne se contentent pas d’écouter l’histoire : ils doivent prendre une décision qui en déterminera la suite.

Un concept formidable, qui transforme une soirée en une véritable aventure collective.

Le rendez-vous se déroule au Onzième Lieu, un restaurant convivial où l’on profite de l’expérience autour d’un verre. Le cadre se prête parfaitement à cette proposition qui mêle narration, musique live et convivialité. Ici, pas question de rester passivement assis à attendre le dénouement : à un moment précis du récit, c’est au public de prendre les choses en main.

Imaginé et écrit par Jean-Christophe Syriac, accompagné musicalement par Jérôme Faruggia, le spectacle repose sur un principe aussi simple qu’efficace.

Deux conteurs, Jean-Christophe Syriac et Magali Gaudou, commencent par nous raconter une histoire. Puis, lorsque les personnages arrivent à un moment décisif, une question est posée à l’assemblée : « Et vous, qu’auriez-vous fait ? »

Deux possibilités s’offrent alors aux spectateurs. Chacun vote selon ses convictions, son intuition ou simplement ce qu’il estime être la meilleure décision. Le public se sépare ensuite en deux groupes : chaque groupe rejoint un espace différent pour découvrir la suite de l’histoire correspondant au choix qu’il a effectué.

Et c’est là que le dispositif prend toute sa saveur. Car une même situation peut conduire à deux dénouements radicalement opposés. Une décision peut ouvrir la voie à une issue heureuse, tandis que l’autre entraîne les personnages vers une succession de catastrophes. Rien n’est joué d’avance : le public devient acteur du récit, avec cette petite pointe d’appréhension qui accompagne chaque choix.

Chaque histoire dure environ quinze minutes et possède ainsi deux fins possibles, l’une heureuse, l’autre tragique. Le format est rythmé, les situations invitent à réfléchir et les échanges entre spectateurs prolongent naturellement le plaisir de l’expérience. On se prend au jeu, on hésite, on débat parfois, et l’on découvre avec amusement à quel point une décision qui semble évidente pour les uns peut paraître absurde aux autres.

Autre élément essentiel de cette proposition : la musique jouée en direct par Jérôme Faruggia. Le compositeur et instrumentiste accompagne les récits en miroir de l’écriture, apportant une dimension supplémentaire à la narration. La musique ne constitue pas un simple fond sonore ; elle participe à l’atmosphère et accompagne les émotions qui traversent chaque histoire.

Lors de la représentation du 16 octobre, trois récits nous ont notamment été proposés : La Mort de Socrate, The Real Twilight Zone et Un androïde parmi les hommes. À ces trois histoires s’ajoute une quatrième, surprise, qui prolonge le principe immersif et réserve elle aussi son lot de choix et de rebondissements. Inutile d’en dévoiler davantage : le plaisir réside précisément dans la découverte, dans les dilemmes proposés et dans les conséquences que l’on n’avait pas forcément anticipées.

Mon avis : un véritable coup de cœur ! J’avais déjà eu l’occasion de découvrir le concept à la fois ludique, intelligent et particulièrement bien pensé. Je l’avais d’ailleurs présenté dans cet article. On se laisse embarquer dès les premières minutes et l’on se surprend à prendre les décisions très au sérieux, comme si le sort des personnages dépendait réellement de nous. C’est tout l’intérêt de cette expérience : nous faire réfléchir à nos choix, à nos réactions et à la manière dont une situation peut basculer en fonction d’une seule décision.

Le cadre du Onzième Lieu ajoute encore au charme de la soirée. On profite d’un lieu chaleureux, d’un verre, de la musique live et d’une expérience théâtrale qui sort des formats habituels. Une manière originale de découvrir le spectacle vivant, dans une atmosphère détendue et conviviale.

La prochaine représentation annoncée aura lieu le vendredi 20 novembre, toujours au Onzième Lieu.

Au programme : L’onéreux livre des morts, L’Empire des vampires et Le Futur éternel. Trois nouveaux récits à découvrir, de nouveaux dilemmes à trancher et, surtout, autant d’occasions de constater que nos décisions ne conduisent pas toujours là où nous l’imaginions.

Si vous aimez les expériences immersives, les histoires à choix multiples et les soirées culturelles qui sortent de l’ordinaire, je vous recommande vivement de découvrir Histoires à double tranchant. Un spectacle original, généreux et participatif, qui prouve que le théâtre peut aussi être un formidable terrain de jeu.

INFOS PRATIQUES

Artiste(s) : 

Magali Gaudou, Jerome Farrugia, Jean-Christophe Siriac

Création et mise en scène : 

Jean-Christophe Siriac

Réservations ICI


Une vie de fou : parler de bipolarité avec humour, entre témoignage et théâtre

À la Manufacture des Abbesses, Une vie de fou aborde un sujet essentiel : la santé mentale, et plus particulièrement la bipolarité. Un spectacle porté par Patrick Loiseau, qui raconte sa propre expérience de la maladie, accompagné de deux comédiens qui donnent corps aux deux versants de ses troubles.

À 60 ans, Patrick découvre qu’il est bipolaire. Cette révélation lui permet de mettre des mots sur les fluctuations qui ont traversé sa vie, entre périodes d’exaltation et phases dépressives. Comment comprendre ces moments où l’on se sent capable de gravir le mont Blanc, puis ceux où quitter son lit semble devenir une épreuve insurmontable ? C’est à partir de cette expérience intime que le spectacle se construit.

Patrick Loiseau choisit de raconter son histoire avec sincérité, en faisant appel à l’humour, au stand-up et au langage du clown. À ses côtés, Tobias Oana, coauteur et comédien, incarne la dépression, tandis que Philippe Avocat, également coauteur et comédien, représente l’hyperactivité. Ils sont trois sur scène, dans une mise en scène signée Fabrice Salet.

Le dispositif repose sur une idée intéressante : donner une présence physique aux états qui traversent le personnage principal. Les deux clowns matérialisent ainsi des réalités intérieures difficiles à exprimer, tandis que Patrick Loiseau partage son vécu, ses excès, ses effondrements et les interrogations qui accompagnent la découverte de sa maladie.

L’intention est louable. La bipolarité reste parfois mal comprise, souvent confondue avec de simples variations d’humeur. En choisissant de raconter son histoire sur scène, Patrick Loiseau souhaite contribuer à une meilleure compréhension de ce trouble, tout en montrant qu’il est possible d’en parler sans renoncer à l’humour.

Le spectacle revendique d’ailleurs cette volonté de sensibilisation. Pour son auteur, rire de ses propres excès et de ses moments de chute est aussi une manière de reprendre une forme de pouvoir sur ce qu’il traverse. L’humour devient alors un moyen de créer un lien avec le public, d’ouvrir la discussion et de faire émerger l’émotion derrière le rire.

De mon côté, je suis restée plus réservée sur le résultat. Si le sujet mérite incontestablement d’être porté sur scène et si la démarche de Patrick Loiseau est sincère, j’ai trouvé que le spectacle pourrait gagner en finesse et en efficacité dans sa construction scénique. De plus, certaines idées pourraient être davantage développées pour que l’équilibre entre humour, témoignage et compréhension de la maladie fonctionne pleinement.

Cela n’enlève rien à l’intérêt du projet ni à l’importance de la parole portée par son auteur. Aborder la santé mentale à travers une expérience vécue est une démarche précieuse, et parvenir à transformer ce témoignage en une proposition théâtrale qui touche autant qu’elle informe est un véritable challenge.

Mon avis : une initiative intéressante, qui a le mérite d’aborder la bipolarité sans détour et de chercher à la rendre plus compréhensible.

INFOS PRATIQUES

UNe vie, deux fous

Avec

Auteurs : 

Patrick Loiseau, Tobias Ohana, Philippe Avocat

Avec Patrick Loiseau, Tobias Ohana, Philippe Avocat

Mise en scène : 

Fabrice Salé

Une vie deux fous annoncé à la Manufacture des Abbesses du 14 octobre au 21 novembre 2026, du mercredi au samedi à 19 h.

Renseignez-vous auprès du théâtre pour les disponibilités.

Cinq spectacles, cinq façons de faire vivre la scène

Ces cinq découvertes illustrent la richesse de la scène parisienne. Avec Queen Is Born, Marlène Schaff livre une performance réjouissante, pleine d’humour et d’émotion. Cleveland transforme les Folies Bergère en terrain de jeu glamour, tandis que Ninie nous transporte dans une période historique dont les combats continuent de résonner aujourd’hui. Les Histoires à doubles tranchants nous rappellent l’importance de nos choix dans le déroulé de notre propre histoire et enfin Une vie deux fous ouvre une réflexion sur la bipolarité et sur la place que la scène peut donner aux expériences personnelles.

Chacun de ces spectacles rappelle à sa manière ce qui fait la richesse du spectacle vivant : la rencontre entre des artistes, une histoire et un public, avec cette part d’imprévu et d’émotion qui rend chaque représentation unique.

Et c’est bien pour cela que j’aime continuer à pousser les portes des théâtres parisiens : pour rire, être touchée, découvrir des personnalités singulières et, parfois aussi, porter un regard critique sur des propositions qui ne me convainquent pas entièrement. Car c’est également cela, partager ses découvertes culturelles : raconter ce que l’on a aimé, expliquer ce qui nous a moins convaincue et donner envie à chacun de se faire sa propre opinion.

Un immense merci aux attachés de presse Aurélie Brunet, Audrey Le Roy-Coscas, Mathieu Johann et Nadir Hammaoui pour leurs invitations à découvrir ces spectacles.

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