RIVALITÉ, JALOUSIE, ET POUVOIR : DEUX PIÈCES CAPTIVANTES À VOIR EN CE MOMENT À PARIS

BABY JANE et LA GUERRE DE TROIE N’AURA PAS LIEU, deux pièces qui ont particulièrement retenu notre attention.

Deux univers très différents …

L’un intime et étouffant, l’autre politique et explosif .

Mais une même exigence de jeu et de mise en scène.

Retour sur ces 2 pièces qui nous ont marqués.


Baby Jane de Nicolas Reading au Théâtre de Nesle

Adapter un film devenu culte est toujours un pari risqué. Avec Baby Jane, librement inspiré du long-métrage de Robert Aldrich, Nicolas Reading relève le défi avec brio.

On se souvient des performances mythiques de Bette Davis et Joan Crawford, devenues indissociables de cette histoire de rivalité sororale.

Ici, la scène resserre encore l’étau mais Anna Giallo et Stéphanie Fumex placent la pièce à un niveau exceptionnel.

Anna Giallo et Stéphanie Fumex – crédits photos Zenitude Profonde le mag

Un huis clos suffocant

Le pitch : Jane Hudson, ancienne enfant-star surnommée jadis « petite fiancée de l’Amérique », vit recluse avec sa sœur Blanche, ex-actrice brisée en pleine gloire par un accident qui l’a laissée paralysée. Deux destins fracassés. Deux femmes que le temps a malmenées. Deux sœurs que la haine relie plus sûrement que l’amour.

Dans cet espace clos, la rivalité devient presque un troisième personnage. Les secrets de famille affleurent, les rancœurs explosent, et la frontière entre lucidité et folie se brouille dangereusement. La tension est constante, presque palpable.

Une relecture fidèle et incarnée

La mise en scène assume la théâtralité du face-à-face. Le texte, dense et acéré, laisse toute la place au jeu des comédiennes, toutes deux excellentes et d’une vérité saisissante. L’émotion naît autant des silences que des éclats de voix.

Plus qu’un simple hommage, cette adaptation propose une relecture contemporaine des thèmes universels : jalousie, échec, dépendance, vieillissement, et cette question terrible : que reste-t-il quand tout est fini et que la « lumière » s’éteint ?

Un moment intense, inconfortable parfois, mais profondément captivant.


La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux au Studio Hébertot

Changement radical d’atmosphère avec ce classique écrit en 1935. Le texte de Giraudoux est réputé brillant, mais exigeant. Il demande de l’attention, de la concentration (autrement dit : il faut s’accrocher!)

Mais la distribution est à la hauteur du texte.

Une salle de négociation comme champ de bataille

Sous la direction d’Edouard Dossetto, la pièce quitte les remparts antiques pour s’installer dans une salle de négociations contemporaine.

Toute l’action se déroule dans le court laps de temps précédant l’arrivée du négociateur adverse.

Café, aspirine, micros défaillants, visioconférences instables : la technique, omniprésente et capricieuse, ajoute une tension comique et nerveuse à la situation. Loin de trahir le texte, cette modernisation en révèle l’actualité brûlante, à l’heure des crises diplomatiques permanentes.

Tragique antique, urgence contemporaine

Les figures mythologiques, Hélène, Andromaque, Hector, Pâris, Ulysse …deviennent soudain très proches.

Plus humaines.

Plus fragiles.

La mise en scène joue habilement sur le décalage entre la gravité de l’enjeu (la guerre) et la trivialité des moyens (réunions, écrans, bugs techniques).

La lumière de Raphaël Bertomeu inonde progressivement le plateau, accentuant l’urgence.

La musique de Martin Benati accompagne discrètement mais inexorablement la montée dramatique.

La vidéo, utilisée comme outil de captation et de surveillance presque « orwellienne », place aussi le spectateur au cœur de la décision : observateur… et observé.

Le texte de Giraudoux, d’une finesse redoutable, déploie son humour grinçant et sa lucidité politique. Il n’est pas toujours simple d’accès, mais le jeu des comédiens, précis et engagé, permet d’en savourer toute la richesse.


Deux visions, une même intensité

D’un côté, un huis clos psychologique étouffant où la haine familiale devient moteur dramatique.

De l’autre, une fresque politique resserrée dans une salle de négociation, où l’absurde côtoie le tragique.

Deux esthétiques.

Deux époques.

Deux écritures fortes.

Et dans les deux cas, une chose est sûre : le théâtre – quand il est servi à la fois par des interprètes investis et de parfaites mises en scène – reste l’espace idéal pour mettre en avant les monuments culturels « incontournables ».

Ces deux pièces en sont la preuve éclatante. Allez-y !

Un grand merci à l’Attachée de Presse, Dominique Lhotte et à l’Auteur et metteur en scène Nicolas Reading de m’avoir invitée à découvrir ces deux pépites

INFOS PRATIQUES

BABY JANE

Texte et mise en scène de Nicolas Reading

Avec Anna Giallo et Stéphanie Fumex

Théâtre de Nesle

28 février à 17h
7 mars à 17h
8mars à 19h

4 avril à 17h
12 avril à 19h


LA GUERRE DE TROIE N’AURA PAS LIEU

De Jean Giraudoux

Mise en scène

Edouard Dossetto

Avec : Tatiana André, Ghina Daou, Edouard Dossetto, Gaspard Baumhauer, Leslie Gruel, Marie Benati, Adam Karotchi, Guillaume Villiers Moriamé, Majd Mastoura et Rémi Couturier
Lumières : Raphaël Bertomeu
Son : Martin Benati
Production : Collectif Nuit Orange et COMET

Studio Hebertot

du 12 février au 5 avril 2026

Du jeudi au samedi à 19h et le dimanche à 17h

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