« Costumes de lumière » ou quand l’arène inspire la scène et la haute couture
Au cœur de la ville d’Arles, au Musée Fragonard de la Mode et du Costume, la mode rencontre l’histoire et le spectacle dans une exposition aussi brillante que symbolique.
Du 27 mars au 26 avril 2026, le Musée de la Mode et du Costume Fragonard présente « Costumes de lumière», une exploration fascinante du costume emblématique des toreros et de son influence sur l’imaginaire artistique et la mode.
Un costume chargé d’histoire
Né au XVIIIe siècle, le costume de lumière est aujourd’hui indissociable de la figure du torero. Pourtant, ses origines sont plus complexes qu’il n’y paraît. Inspiré de tenues aristocratiques et codifié dès 1732 par l’usage du rouge garance, ce costume richement brodé témoigne d’un dialogue permanent entre traditions populaires et influences des cours européennes.
Au XVIIIe siècle, la mode française rayonne à travers l’Europe et trouve en Espagne un écho particulier dans les figures populaires des majos et majas, souvent représentées par le peintre Francisco de Goya. Dans ses tableaux, il immortalise une jeunesse attachée aux traditions et aux divertissements populaires, dont la tauromachie. Les silhouettes ornées de soies, de broderies métalliques et de couleurs éclatantes évoquent déjà l’univers spectaculaire du théâtre et de l’opéra.
En piste : naissance du torero moderne
La première partie de l’exposition plonge les visiteurs dans l’arène. Longtemps pratiquée à cheval par l’aristocratie espagnole, la tauromachie connaît un tournant majeur à la fin du XVIIIe siècle. Peu à peu, des hommes issus de milieux plus modestes imposent une nouvelle manière d’affronter le taureau à pied, donnant naissance à la figure moderne du torero.
Le costume devient alors un véritable symbole : éclatant, codifié, spectaculaire. Composé d’une dizaine d’éléments et pouvant atteindre près de dix kilos, il transforme le torero en personnage presque théâtral, prêt à entrer en scène.
Sur scène : du mythe à l’opéra
Cette dimension spectaculaire explique pourquoi le costume de lumière a rapidement inspiré le monde du spectacle. L’exposition présente notamment un costume prêté par l’Opéra national d’Estonie, conçu par le scénographe Pierre‑Emmanuel Rousseau pour le personnage d’Escamillo dans l’opéra Carmen.
Depuis près de trois siècles, artistes et créateurs – peintres, cinéastes, photographes et plasticiens – se montrent fascinés par ces silhouettes masculines vêtues de bas de soie, de broderies d’or et de pierres scintillantes.
À la fois viril et baroque, le costume de lumière apparaît comme un héritage flamboyant d’un XVIIIe siècle fantasmé.
Sur les podiums : quand la mode s’en empare
La dernière partie de l’exposition révèle comment ce costume spectaculaire a influencé la mode contemporaine. Lorsque la silhouette masculine se standardise au XIXe siècle, le costume de torero reste un éclat d’exception : or, soies, couleurs et broderies composent un univers esthétique unique.
En 1979, le couturier Yves Saint Laurent s’empare de ce symbole et le transpose dans la mode féminine. Lors de son défilé haute couture automne-hiver, il présente une interprétation audacieuse du costume de lumière : boléro, knickers tissés de fils d’or et cape de soie portée sur l’épaule.
Sur le podium, la jeune femme mannequin avance comme un torero entrant dans l’arène, tandis que les flashs des photographes font scintiller les broderies comme sous le soleil d’une plaza.
Autre figure majeure de cette rencontre entre mode et tauromachie : l’Arlésien Christian Lacroix.
Fasciné par l’esthétique romantique des théâtres et opéras du XIXe siècle autant que par l’histoire de sa ville natale, il puise régulièrement dans l’univers des arènes. Couleurs flamboyantes, broderies inspirées d’Espagne, références à la tradition taurine : son travail dialogue ici avec des costumes historiques des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi qu’avec des créations contemporaines prêtées par des collections privées, notamment celle du Madrilène Alberto Perales.
Une exposition éclatante… et très éphémère
À travers costumes historiques, pièces de haute couture et créations scéniques, « Costumes de lumière » dévoile comment une tenue née dans l’arène est devenue un symbole culturel, artistique et stylistique. Entre tradition locale, imaginaire espagnol et audace de la mode, l’exposition révèle toute la richesse d’un vêtement qui continue de fasciner.
Présentée pendant un mois seulement, cette exposition offre une occasion exceptionnelle et rare de découvrir comment l’éclat des arènes a traversé les siècles pour illuminer la scène et les podiums.
Exposition au Musée de la Mode et du Costume
16 rue de la Calade
13200 Arles
du 27 mars au 26 avril 2026
de 10h à 19h