1.Tu viens de présenter ton cinquième défilé, qu’est-ce que cette étape représente pour toi aujourd’hui ?
Ce cinquième défilé représente une vraie étape de maturité. Ce n’est pas juste un chiffre, c’est une preuve de constance, de persévérance. Il marque à la fois une clôture et un nouveau départ. J’ai le sentiment d’avoir terminé un premier grand chapitre de SoVintage, et d’ouvrir maintenant quelque chose de plus affirmé, plus conscient. C’est un moment où je me retourne sur le chemin parcouru… mais surtout où je regarde vers l’avant.
Je voulais raconter la fin d’un cycle et l’ouverture d’un nouveau chapitre. C’est un défilé sur ceux qui avancent, même quand c’est difficile. Sur le fait de continuer à se battre, de rester debout, d’oser tracer sa route sans attendre d’être validé. Pour moi, c’est une célébration du mouvement, de la progression, et du courage d’aller vers l’avenir.
Ce cinquième défilé, c’est aussi un vrai cap. Ce n’est plus juste une envie de créer, c’est une continuité, une construction. Il représente la confirmation que SoVintage n’est pas un “coup de tête”, mais un projet qui s’inscrit dans le temps. Aujourd’hui, je me sens plus ancré, plus conscient de ce que je fais et de ce que je veux raconter à travers mes pièces.
2.Te souviens-tu du moment où tu t’es dit pour la première fois : « je veux créer des vêtements » ?
Oui, très clairement. Ce n’était pas un moment précis, mais plutôt une sensation qui revenait sans cesse, le besoin de transformer ce que je voyais en quelque chose d’unique. J’ai toujours eu ce réflexe d’observer les gens, leurs attitudes, leurs vêtements, et de me dire “et si je racontais ça autrement ?”.
Je voyais des vêtements abandonnés, oubliés, sans valeur aux yeux des gens, dans un monde de surconsommation où tout va trop vite. Les friperies étaient souvent critiquées, sous-estimées. Et moi je me suis dit : “Il faut que j’en fasse quelque chose.”
Mon envie de récupérer ces pièces délaissées et de leur redonner une place, une identité, une lumière. Ce qui me rend le plus fier aujourd’hui, c’est quand un vêtement qui était abandonné se retrouve porté, photographié, admiré. Là, je me dis que le travail a porté ses fruits. Et surtout que la mode ne devrait pas être réservée uniquement à la haute couture, même un vêtement déjà porté peut se retrouver sur un podium.
3.Comment décrirais-tu ton parcours jusqu’ici : linéaire, instinctif, semé de doutes… ou un mélange de tout ça ?
C’est clairement un mélange de tout ça, mais surtout très instinctif. Je n’ai jamais suivi une ligne droite. J’ai avancé avec mes tripes. Il y a eu beaucoup de doutes, des moments de solitude, des phases où je me suis demandé si j’étais légitime. Mais j’ai toujours continué, parce que quelque chose en moi me disait d’y aller.
Et je n’ai jamais été seul, j’ai été entouré par des amis, des modèles, des équipes qui m’ont soutenu projet après projet. Leur présence est essentielle. Je leur dois beaucoup.
SoVintage, ce n’est pas juste moi, c’est une énergie collective.
4.Tes pièces sont portables, mais en même temps très singulières. Est-ce un choix assumé ? Et comment trouves-tu l’équilibre entre créativité et réalité du corps, de la vie quotidienne ?
Oui, c’est totalement assumé. Je veux que mes pièces aient une présence, mais qu’elles puissent exister dans la vraie vie. L’équilibre se fait dans le respect du corps : une coupe juste, une matière qui tombe bien, et ensuite j’y ajoute ma touche artistique. Je ne veux pas habiller des idées abstraites, je veux habiller des personnes réelles.
Mon processus commence toujours par l’humain.
Avant de créer, j’observe la personne, sa personnalité, sa sensibilité. Je ne crée pas “sur” un modèle, je crée avec lui ou elle. La créativité naît de cette rencontre.
Je joue avec les couleurs, la morphologie… mais surtout avec ce que la personne dégage. Si un vêtement ne lui ressemble pas, on adapte. L’équilibre se fait là, entre expression artistique et respect du corps, de l’identité de celui qui porte la pièce.
- Y a-t-il un mot, une émotion ou une idée qui revient souvent dans ton travail ?
Oui, la détermination. Et aussi la transformation. Beaucoup de mes pièces parlent du fait d’oser devenir quelqu’un d’autre, de sortir de sa zone de confort, de s’affirmer.
- Que voulais-tu raconter avec ce cinquième défilé ?
Je voulais raconter la fin d’un cycle et l’ouverture d’un autre. C’est un défilé sur ceux qui avancent malgré les peurs, malgré les obstacles. Sur le fait de continuer à se battre, de ne pas s’arrêter.
C’est une célébration du mouvement, du passage, de la progression. On ferme une porte, mais on en ouvre une autre.
- Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la préparation ? Et le plus gratifiant ?
Le plus difficile, c’est la charge mentale. Tout porter seul : la création, la direction artistique, la logistique.
Le plus gratifiant, c’est le moment où tout prend vie. Quand les modèles entrent en scène et que je vois mes idées marcher devant moi.
- Parle-nous de ta pièce préférée de ce défilé.
Ma pièce préférée, c’est clairement le corset hommage à Schiaparelli, avec les plumes. C’est une pièce très symbolique pour moi. Chaque plume a été posée à la main, une par une. Elle parle de patience, de précision, et de respect du geste. C’est une pièce qui mélange héritage et modernité, exactement ce que je cherche à faire avec SoVintage.
- Que représente cette pièce pour toi ?
C’est une pièce sur le temps. Sur le fait que rien de fort ne se construit dans la précipitation. Elle incarne une certaine idée du luxe, pas le luxe qui brille pour briller, mais celui qui raconte quelque chose.
- Et pour la suite, qu’est-ce que tu aimerais explorer ?
J’ai envie de surprendre. Toujours. Je ne veux jamais m’installer dans une formule. SoVintage est en mouvement permanent.
J’ai envie d’explorer d’autres formats, d’autres narrations, d’autres expériences. Je sais que beaucoup de surprises arrivent. Je ne m’arrête pas. J’aime créer, risquer, avancer.