Au Guichet Montparnasse, Thierry de Pina relève le challenge de porter à la scène le texte d’Emmanuel Darley, Pays Bonheur.
Dans ce seul-en-scène d’une intensité rare, Thierry de Pina confirme un talent que l’on avait déjà pleinement mesuré dans Le Mardi à Monoprix.
Deux spectacles très différents, mais une même exigence : celle d’un théâtre incarné, humain, profondément politique sans jamais être démonstratif.
Les deux sont tirés de l’œuvre de l’écrivain Emmanuel Darley, dont l’écriture sèche, précise et bouleversante donne voix à ceux que l’on n’entend jamais.
Le mirage du « Pays Bonheur »
Pays Bonheur raconte le déracinement, l’exil, l’immigration rêvée.
Ce pays promis où tout serait plus simple, plus juste, plus lumineux.
Un horizon fantasmé, nourri par l’espoir, qui se fissure brutalement une fois franchies les frontières.
Le texte d’Emmanuel Darley ne romantise rien. Il montre l’envers du décor :
les passeurs qui dépouillent,
les réseaux qui exploitent,
la police qui méprise et humilie,
les corps épuisés, les vies suspendues,
les petits drames quotidiens qui s’accumulent jusqu’à l’effondrement.
Ce « pays bonheur » devient alors un espace de violence sourde, d’injustice ordinaire, où l’on survit plus qu’on ne vit. Un monde où l’on perd peu à peu son nom, son histoire, sa dignité.
Un drame réel, une mémoire brûlante
La force de Pays Bonheur tient aussi à ce qu’il convoque un fait tragiquement réel.
Celui de ce jeune migrant d’Afrique subsaharienne qui, dans les années 1990-2000, tentait de fuir le pays en se cachant dans les réacteurs d’avion. Il y a laissé la vie, mort d’asphyxie, son corps retrouvé à l’arrivée.
Ce drame, connu mais trop souvent relégué au silence, est évoqué dans la pièce avec une pudeur et une émotion saisissantes. Sans pathos. Sans effet facile. Juste la brutalité du réel, mise en mots et en chair. Le théâtre devient alors un lieu de mémoire, de deuil, mais aussi de reconnaissance.
Thierry de Pina : un interprète de haut vol.
Seul en scène, Thierry de Pina porte ce texte avec une maîtrise remarquable.
Son jeu est précis, tendu, profondément incarné. Il ne joue pas : il traverse. Il donne corps à l’exil, à la fatigue, à la colère, à l’espoir aussi, parfois fragile, parfois brisé.
Comme dans Le Mardi à Monoprix, il parvient à rendre audible une parole souvent marginalisée. Mais ici, le registre est plus sombre, plus dramatique. Et c’est précisément ce qui rend sa performance si forte : cette capacité à tenir le spectateur dans un équilibre constant entre empathie, malaise et réflexion.
Emmanuel Darley : une écriture qui dérange et éclaire
Avec Pays Bonheur, Emmanuel Darley signe un texte d’une lucidité implacable.
Son écriture va à l’essentiel, coupe dans le vif, refuse le confort. Elle ne cherche pas à expliquer, mais à faire ressentir. À mettre le spectateur face à une réalité que l’on préfère souvent ignorer.
Darley écrit pour le théâtre comme on tend un miroir : sans fard, sans détour. Et lorsqu’un acteur comme Thierry de Pina s’en empare, ce miroir devient impossible à éviter.
Un théâtre indispensable
Pays Bonheur n’est pas un spectacle facile.
Mais c’est un spectacle indispensable.
Parce qu’il parle d’exil, d’immigration, de violences systémiques, mais surtout d’êtres humains.
Parce qu’il rappelle que derrière les chiffres, les débats et les discours, il y a des vies.
Parce qu’il prouve, une fois encore, que le théâtre peut être un lieu de conscience, de mémoire et d’émotion partagée.
Un seul-en-scène puissant, porté par un grand comédien et une écriture bouleversante.
Un spectacle qui s’imprimera à vie dans votre mémoire
À voir, à ressentir, à ne pas oublier.
Un grand merci à l’attachée de presse Dominique Lhotte de nous avoir invités à découvrir Pays Bonheur
INFOS PRATIQUES
Pays Bonheur ou le mercredi sans retour
De et avec Thierry de Pina
D’après le texte d’Emmanuel Darley
Tous les jeudis à 19h
Du 8 janvier au 2 avril 2026
Théâtre du Guichet Montparnasse
15 rue du Maine
75015 Paris