Le Repas des fauves, adaptation brillante de la pièce de Vahe Katcha, est actuellement programmée au Théâtre Montmartre Galabru.
J’ai eu grand plaisir à assister à la Première représentation qui se tenait dimanche soir au Théâtre Montmartre Galabru, et je peux vous assurer que cette nouvelle adaptation du Repas des Fauves est un bijou théâtral !
Écrite par Vahe Katcha, cette pièce – redoutablement efficace – plonge le spectateur dans un dispositif dramaturgique qui agit comme un révélateur implacable de la nature humaine.
Un huis clos aussi simple qu’insoutenable
L’histoire se déroule à Paris en 1942. Dans un appartement bourgeois, une femme célèbre son anniversaire entourée de ses amis les plus proches. Ils sont sept, réunis pour l’apéritif avant un dîner qui s’annonce convivial. L’ambiance est presque légère malgré l’époque troublée. On trinque, on plaisante.
Mais la soirée bascule brusquement.
Sous leurs fenêtres, deux officiers allemands viennent d’être abattus. La répression est immédiate : un officier de la Wehrmacht pénètre dans l’immeuble et annonce la sanction. Deux otages seront exécutés dans chaque appartement.
Dans ce huis clos qui se referme soudain comme un piège, une circonstance inattendue bouleverse pourtant la règle : l’officier allemand reconnaît le maître de maison dont il fréquente la librairie… En guise de faveur, il leur accorde un privilège aussi cruel que vertigineux : les convives pourront choisir eux-mêmes les deux personnes qui partiront mourir.
À partir de là, la pièce devient une mécanique théâtrale d’une précision redoutable.
Car derrière les amitiés proclamées surgissent peu à peu les réflexes de survie. Les arguments s’accumulent, les stratégies se mettent en place, les alliances se forment et se défont. Chacun cherche une raison valable de rester en vie. Certains plaident leur utilité, d’autres leur jeunesse, d’autres encore leurs responsabilités familiales. Les arguments s’enchaînent, les alliances se font et se défont … tout devient prétexte à échapper au sort qui plane au dessus des têtes .
Alors que certains tentent de plaider, d’autres essayent de manipuler. L’une des convives, immensément riche, va même jusqu’à proposer un marché sidérant : accepter la mort… en échange d’une fortune laissée aux proches.
L’humour au coeur du tragique
Ce qui frappe immédiatement dans cette adaptation, c’est l’équilibre remarquable entre tension dramatique et humour. Car on rit souvent… et parfois malgré soi!
Le texte de Vahé Katcha possède cette intelligence rare : révéler l’absurdité et la lâcheté humaines avec une ironie mordante.
La mise en scène exploite pleinement cette dimension.
Le rythme est vif, les échanges claquent, et le huis clos se transforme en une véritable arène morale où chaque regard, chaque silence, chaque hésitation devient un enjeu.
Chacun finit par révéler qui il est réellement.
Un spectacle d’une intensité constante.
Les huit comédiens livrent une partition remarquable.
Chacun fait preuve d’une justesse de ton admirable, faisant exister son personnage avec une précision incroyable! Ils incarnent avec finesse des personnages pris dans l’étau de leur propre conscience, oscillant entre dignité affichée et instinct de survie.
Mention spéciale pour l’interprétation de l’officier allemand, rôle particulièrement délicat. Loin de toute caricature, l’acteur compose un personnage étonnamment mesuré, presque courtois, convaincu de la légitimité de sa mission.
Il n’est absolument pas monstrueux. Étonnamment droit, plutôt courtois, il est simplement convaincu de la légitimité de ce qu’il fait. Et c’est précisément ce qui le rend si troublant. Sa violence n’est jamais hystérique : elle est froide, rationnelle, implacable.
Une sobriété qui d’ailleurs donne toute sa puissance à la pièce.
Et dans cet appartement devenu théâtre d’un choix impossible, derrière les sourires polis et les amitiés proclamées surgissent les calculs, les lâchetés, les hypocrisies et les stratégies de survie.

Les convives ne sont plus simplement des amis réunis pour un anniversaire mais les participants involontaires d’une expérience morale où chacun pourrait devenir la proie de l’autre.
Et c’est là que le titre prend toute sa dimension.
Car dans Le Repas des fauves, les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Comme dans une cage, chacun observe l’autre… en espérant ne pas être la prochaine proie.

À la fois captivante, intelligente et profondément dérangeante, cette adaptation réussit ce que le théâtre fait de mieux : nous tendre un miroir.
Un miroir parfois cruel, mais toujours fascinant.
Le spectacle est à découvrir au Théâtre Montmartre Galabru, avec sept représentations programmées le dimanche à 20h30 jusqu’au mois de mai.
Un conseil : ne tardez pas trop à réserver !
INFOS PRATIQUES
LE REPAS DES FAUVES
Auteur : Vahé Katcha
Mise en scène : Samy Cohen & Marité Ansart
Interprètes : Jocelyne Abitbol, Bénédicte Godo, Ugo Medioni, Dolores Pelleray, Caroline Penard, Nicolas Sap, Guillaume Vincent, Benoit Plane en alternance avec Brice Vidaud
décors : Compagnie dramatique L’équipe et Pierre Sap
Du 8 mars 2026 au 17 mai 2026
le dimanche à 20h30
(relâche les 22/03, 29/03 et 03/05)
Théâtre Montmartre Galabru
Rue de l’Armée de l’Orient – 75018 Paris