Depuis le 18 mars, le Musée Guimet propose une plongée fascinante dans l’histoire et les imaginaires de la beauté coréenne avec l’exposition K-Beauty, Beauté coréenne : histoire d’un phénomène.
Un événement d’envergure qui s’inscrit dans la célébration des 140 ans du traité d’amitié entre la France et la Corée, et qui éclaire, au-delà des tendances, un véritable phénomène culturel mondial.
Car derrière les sérums, masques et routines en dix étapes qui ont envahi les salles de bains du monde entier, la K-beauty raconte bien plus qu’une industrie florissante. Elle s’inscrit dans une histoire millénaire du regard, façonnée par des héritages esthétiques, philosophiques et sociaux d’une grande richesse.
Des origines raffinées : l’élégance de l’ère Joseon
Le parcours débute à la fin de l’époque Joseon, où la beauté féminine, longtemps dissimulée, émerge progressivement dans les représentations artistiques.
Les célèbres « portraits de beautés » témoignent d’un idéal subtil, entre retenue et sophistication.

L’œuvre du peintre Shin Yun-bok marque un tournant décisif.
À rebours des codes moraux de son temps, il insuffle sensualité et modernité dans ses représentations, notamment à travers la figure libre et ambiguë des courtisanes. Une vision audacieuse dont les échos résonnent encore aujourd’hui, jusque dans la photographie contemporaine, le cinéma ou les webtoons.

© ThierryOllivier
Lee Young-hee
Réalisées à partir de recherches historiques minutieuses, les répliques de costumes anciens occupent une place centrale dans l’œuvre de la créatrice de mode coréenne Lee Young-hee (1936-2018).
Cet ensemble illustre la manière dont Lee Young-hee fait du hanbok, l’habit tradi- tionnel coréen, un terrain de transmission, d’expérimentation et de création contemporaine.
Rituels et savoir-faire : quand beauté rime avec soin
L’exposition révèle ensuite une dimension essentielle de la culture coréenne : l’art du soin.
Bien avant l’essor des cosmétiques modernes, la beauté relevait d’un équilibre entre hygiène, santé et spiritualité.

Le traité médical Donguibogam, compilé au XVIIe siècle, en est une illustration majeure. Il témoigne d’une approche globale du corps, où poudres, huiles et baumes naturels participent d’un art de vivre transmis de génération en génération.
Les objets du rituel de beauté coréen révèlent l’attention portée aux gestes du quotidien.
Miroirs de poche ou sur pied, poudriers en laque ou en porcelaine, coffrets compartimentés renfermant fards, huiles et pinceaux, ainsi que pinces à épiler finement ouvragées composent un ensemble délicat où chaque instrument a sa fonction. Leur petite échelle et l’évolution de leur matériaux – du céladon de l’ère Goryeo (918-1392) jusqu’aux premières boîtes en carton des années 1920 – témoignent d’une transition lente de la cosmétique, du cadre privé à une proto-industrie.
Objets précieux, coffrets délicats, miroirs finement ouvragés : chaque instrument exposé raconte un geste, une attention, une intimité.
À travers eux se dessine une esthétique du quotidien, où la beauté se construit dans la lenteur et la précision.
Entre tradition et modernité : une identité en tension
Le XXe siècle marque un tournant.
Influencée par les bouleversements historiques et les apports occidentaux, la Corée voit ses canons de beauté évoluer. Cheveux raccourcis, silhouettes transformées, nouvelles représentations féminines : la modernité s’impose, sans effacer totalement les héritages.


Les œuvres présentées, issues notamment du fonds photographique de Louis Marin, témoignent de cette période de transition où tradition et modernité cohabitent, parfois en tension.
De la tradition à la K-beauty : un phénomène global
C’est dans cette histoire complexe que s’ancre la K-beauty contemporaine. Portée par la vague culturelle coréenne — la Hallyu — elle s’est imposée comme une référence mondiale, bien au-delà du simple domaine cosmétique.
Cinéma, séries, musique ou mode participent à la diffusion de cette esthétique reconnaissable entre toutes : un subtil équilibre entre naturel et sophistication, entre héritage et innovation.
L’exposition met également en lumière ses ambivalences.
Derrière son apparente universalité, la K-beauty véhicule des normes parfois contraignantes, reflet d’une société où l’apparence occupe une place centrale. Mais loin de simplifier le propos, le parcours restitue toute la complexité de ces enjeux, entre pression sociale et liberté créative.
Une exposition exceptionnelle!

Riche de prêts prestigieux — du Musée national de Corée au Victoria and Albert Museum — l’exposition impressionne par la qualité et la diversité de ses œuvres. Costumes de la styliste Lee Young-hee, objets anciens, créations contemporaines : chaque pièce participe à une narration dense et nuancée.
Au fil des salles, c’est toute une vision de la beauté qui se dévoile : mouvante, culturelle, profondément humaine.
Avec K-Beauty, le Musée Guimet ne se contente pas de décrypter une tendance : il offre une traversée historique et sensible, révélant comment, depuis des siècles, la beauté coréenne se réinvente sans jamais perdre son identité.
INFOS PRATIQUES
K-BEAUTY BEAUTÉ CORÉENNE HISTOIRE D’UN PHÉNOMÈNE
Exposition du 18 mars au 6 juillet 2026
Guimet – Musée national des arts asiatiques
6, place d’Iéna 75116 Paris, France
Un livret de visite, mis gratuitement à la disposition des visiteurs, reprend les principaux contenus de l’exposition.
Visites commentées
Découverte de « K-Beauty.
Beauté coréenne, histoire d’un phénomène »
Les samedis à 15h à partir du 28 mars
Durée : 1h
Tarif : 9€ pour les personnes ayant la gratuité 18€ entrée + visites
Sans réservation. Dans la limite des places disponibles. Les visites commentées offrent un éclairage sur les partis pris de l’exposition, les étapes de son parcours et permettent d’en découvrir les œuvres les plus remarquables
Colloque grand public K-beauty
Samedi 28 mars de 14h30 à 17h30
Auditorium Jean-François Jarrige
Gratuit. Réservation recommandée sur guimet.fr
Destiné au grand public, le colloque propose aux visi- teurs d’approfondir quelques aspects essentiels du phénomène K-beauty en donnant la parole à des cher- cheurs et connaisseurs confirmés.
Journée K-beauty au cinéma
Samedi 11 avril 2026
Auditorium Jean-François Jarrige
Gratuit. Réservation conseillée sur guimet.fr
Le musée Guimet explore toutes les facettes de la K-beauty et la manière dont elle s’exprime au cinéma.
Conférence
Sans fard – La représentation de la beauté (coréenne) à l’écran
À 15h
Durée : 1h30
À travers des extraits de films, des photos inédites et des anecdotes (souvent drôles), Bastian Meiresonne met en lumière le rôle déterminant du cinéma dans la construc- tion et la diffusion des représentations de la beauté et des corps, de la Corée de 1919 à aujourd’hui.
Passeur incontournable du cinéma asiatique, Bastian Meiresonne explore et analyse depuis plus de quinze ans les cinématographies d’Extrême Orient et du Sud-Est asiatique. Rédacteur de presse et auteur, il a signé une dizaine d’ouvrages de référence, dont Hallyuwood – Le cinéma coréen (Éditions E/P/A, 2023).
La conférence sera suivie d’une séance de dédicace.
Rencontre avec les commissaires de l’exposition « K-Beauty »
Dimanche 12 avril à 15h et jeudi 23 avril à 12h
Auditorium Jean François Jarrige
Gratuit. Réservation recommandée sur guimet.fr
À l’occasion de cette rencontre, Claire Trinquet-Solery et Claire Bettinelli éclairent la genèse de l’exposition K-Beauty, présentent leurs partis pris et partagent leur intérêt pour les œuvres présentées.