Hier soir, au pied de Notre-Dame de Paris, sur la péniche intimiste de La Nouvelle Seine, j’ai découvert un spectacle aussi percutant que bouleversant.
Une performance féministe, libre et profondément incarnée, portée par Élodie Milo, artiste dont l’énergie brute ne peut laisser indifférent.
Une présence scénique extraordinaire
Sur scène, elle apparaît d’abord en combinaison – genre « bleu de travail » – puis se retrouve très rapidement en short et crop top, juchée sur des talons vertigineux.
Le ton est donné : le spectacle sera sans filtre, sans concession.
Elle bouge, elle danse, elle chante, elle rappe, elle joue. Guitare, basse… tout devient prétexte à faire vibrer un propos engagé. Son corps est en mouvement constant, comme traversé par l’urgence de dire, de raconter, de dénoncer.
Une parole nécessaire, entre colère et lucidité
Le spectacle aborde de front des sujets encore trop souvent tus. Elle évoque les adolescentes confrontées aux regards déplacés, aux gestes obscènes, aux hommes exhibitionnistes. Ces violences sourdes qui marquent parfois à vie.
Avec une justesse troublante, elle met en lumière ces expériences partagées, ces souvenirs que beaucoup reconnaissent sans toujours les avoir exprimés.
Puis viennent les injonctions. Être belle. Être mince. Être lisse, parfaitement épilée. Correspondre à des normes absurdes et écrasantes. Elle les démonte une à une, avec ironie, rage parfois, mais toujours avec intelligence.
L’émotion au cœur du récit
Et puis, soudain, le spectacle bascule.
Dans un moment suspendu, d’une intensité rare, elle évoque sa grand-mère. Une femme engagée, qui lui a transmis cette nécessité de lutter pour la liberté des femmes. Une “faiseuse d’anges”, qui a payé son engagement au prix fort, jusqu’à la prison.
Ce passage, profondément intime, donne au spectacle une dimension presque historique et transgénérationnelle. Il rappelle que les combats d’aujourd’hui s’inscrivent dans une continuité, dans une mémoire vivante.
Une œuvre libre, hybride et profondément vivante
Ce qui frappe, au-delà du propos, c’est la forme. Inclassable.
Entre concert, stand-up, performance théâtrale et manifeste politique, le spectacle échappe à toute définition. Il est multiple, à l’image de son interprète. Chaque discipline nourrit l’autre, chaque émotion trouve son langage.
Une expérience à part
Dans le cadre singulier de La Nouvelle Seine, au fil de l’eau et des mots, ce spectacle résonne avec une force particulière.
À la fois libéré et profondément émouvant, il bouscule, touche, questionne. Il ne laisse pas indemne.
Une performance rare, nécessaire, et résolument contemporaine.
De celles qui marquent durablement les esprits.
INFOS PRATIQUES
ANATOMIQ
La reconquête d’un corps morceau par morceau
Texte musique & interprétation :
Elodie Milo
Mise en scène
Georgia Sinicorni
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